Mamma mia Napoli !

Mamma mia Napoli !

Samedi 21 décembre 2019. J174. Ercolano, Italie. Hier soir en rentrant de Pompéi nous avons retrouvé l’Emile-Pat exactement comme nous l’avions laissé le matin. Alors puisque nous sommes bien sur ce parking, nous décidons de tenter l’impensable : prendre notre train dans l’autre sens et aller à Napoli !

La ville nous attirait vraiment, notre petit guide ayant su nous donner envie d’aller découvrir ce lieu de vie tout en exubérance italienne. Naples est réputée pour être encore une des rares grandes villes européenne dont le centre n’ait pas été rénové pour satisfaire les touristes. À Napoli, les gens vivent, commercent, sortent, profitent de leur quartier et sont chez eux. Par ailleurs, les habitants accordent une importance colossale à la fête de Noël et les artisans santonniers sont d’une grande réputation. Nous qui sommes fan de santons, et à quelques jours de Noël, nous avons vraiment envie de plonger dans cette ambiance. Et puis, dernier argument de poids, il paraît qu’il y a les plus belles fresques et mosaïques de Pompei qui sont conservées au musée d’archéologie de Naples…

Mais nous avions aussi entendu les « on dit ». « Naples, capitale des pick-pocket ». « Je n’aime pas Naples, nous avait avoué une italienne, on doit toujours vérifier autour de nous, je ne m’y sens pas bien ». À vrai dire, nous avions à l’origine abandonné l’idée de visiter la ville, surtout pour ne pas risquer de se faire voler notre maison roulante.
Alors puisque nous avons trouvé un parking bien, un train direct, cette journée à Naples est un super-bonus !

Sauf que… sauf qu’il pleut. Mais il pleut bien et il pleuvra toute la journée. Conseil de famille : Naples sous la pluie ? Ou pas Naples ? Les parents ont moins peur de la pluie que de leurs trois enfants chouinant sous la pluie… Mais heureusement, de l’avis général, ce sera Naples sous la pluie ! La perspective de visiter le musée d’archéologie et de faire un brin de magasinage enchante les filles. Alors, nous prenons notre courage à deux mains, enfilons nos capuches, fermons bien l’Emile-Pat, et partons faire nos dix minutes de marches sous la pluie pour rejoindre notre petite gare. Personne ne chouine encore, le trajet est vite avalé. Lison a choisi de mettre ses grandes bottes en caoutchouc et saute joyeusement dans chaque flaque.

Comme la veille, pas de ticket, nous montons à l’œil, et dix minutes plus tard, nous sommes à Garibaldi, la gare centrale de Naples ! Trop chouette ! Au portique, une brochette d’agents de sécurité surveillent les tickets. Moins chouette. Pas le choix, Pierre expose notre situation avec honnêteté et joue la carte du touriste paumé. L’agent nous fait payer nos tickets, pas d’amende. Je crois qu’ils ont l’habitude. Ouf. À nous Napoli !

Bon, ici aussi il pleut. Mais en plus de devoir passer entre les gouttes, nous devons maintenant passer aussi passer entre les vendeurs de parapluie. Et on a beau avoir dit non quinze fois d’affilée, il y en toujours un suivant pour te re-proposer, deux mètres plus loin, un parapluie. Ça énerve Pierre. Moi, ça m’amuse.

Agitation à l'italienne

Nous avons quand même 20 minutes de marche sous la pluie pour rejoindre le musée. Et je ne sais pas pour quelle raison nous n’avons pas pensé à prendre le métro pour s’éviter le calvaire. Si je sais, nous étions occupés à dire « non merci » aux vendeurs de parapluie. Nous zigzagons entre le trafic anarchique, les flaques fantastiques et les déchets maléfiques. Les livreurs s’activent, en camionnettes, en mobylette ou en poussettes. Les commerces sortent leurs étalages couverts de grandes bâches plastiques, ils prennent toute la place des trottoirs et même plus, obligés de marcher au milieu des rues et d’obliger les scooters à se faufiler entre les piétons. Tiens une église ouverte, nous nous y arrêtons un instant. Une exposition de crèches y est installée. De grandes mises en scène étalant avec opulence  les marchandises des commerces alimentaires d’antan. On dirait que le petit Jésus est né à Naples.

Une pluie n’arrête. La troupe poursuit, courageuse. Mais silencieuse maintenant. Elle serre les dents car le trajet devient quand même compliqué. Avec Pierre, nous faisons sauter Solène au dessus des flaques pour essayer de l’amuser et de préserver ses petits pieds. Elle n’a pas de bottes, elle. À ce moment, je me dis que je vais intituler mon article « Maman mia Napoli ! » pour évoquer ce bazar, ce puzzle anarchique où tout s’emboîte on ne sait comment. Je ne savais pas encore comment le reste de la journée se passerait. Ce titre, éprouvé toute la journée, se révélera parfait.

Sfogliatella

Ça y est, ça chouine. Nos manteaux ne sont pas hyper étanches et nous sommes mouillés. Arrêt. Nous arrivons à tirer notre troupe jusqu’à une pâtisserie réputée en leur promettant un goûter de onze heures pâtisserie/chocolat chaud. Chez Scartuchio. Le serveur s’occupe de nous avec bienveillance et malice. Nous nous requinquons, nous nous réchauffons et nous faisons sécher nos manteaux. Un peu. Lison choisit la plus grosse pâtisserie sur la carte, nous lui disons que c’est trop pour elle mais ne veut rien entendre. Le serveur nous fait un clin d’œil et lui dit que c’est Ok. Il lui sert le même mais format mignardise ! Heureusement car Lison goûte et n’aime pas comme d’habitude, c’est bibi qui finit sa pâtisserie… La pause est délicieuse et le café est serré, à l’italienne.

Encore un peu de marche sous la pluie, nous arrivons enfin au musée. Nous traversons un dernier boulevard en courant, Lison s’étale sur le trottoir mouillé. « Maman miiia ! » s’écrit une italienne qui la relève. Cette expression n’est pas une légende, je pense. Je câline mon enfant. Nous sommes arrivés, nous avons réussi.

Les trésors de Pompéi

Visiter Pompéi sans voir le musée d’archéologie de Naples aurait été plus que dommage. Sont préservées ici les plus belles et plus fragiles fresques et mosaïques de la cité antique. Dans chaque salle, nous sommes soufflés par la finesse des peintures et la taille parfois minuscule des tesselles. 2000 ans d’âge. C’est vraiment ici que l’on mesure à quel point l’éruption du Vésuve a permis de préserver jusqu’à nous ces morceaux de vie exceptionnels.

Pompéi a laissé à la postérité des témoignages attachants, souvent très beaux et parfois saugrenus, du mode d’existence de ses habitants. La plupart des peintures exhumées paraissent toujours aussi vivantes. L’extraordinaire diversité des trésors montre que l’art était partout présent à Pompéi. Souvent, presque tous les murs d’une maison étaient décorés de scènes mythologiques ou de portraits de famille. Des mosaïques, pleines de couleurs et de détails montrant des paysages, des scènes de bataille ou de théâtre, étaient cimentées sur les sols et les murs. Les thèmes à la mode étaient les scènes de chasse, les paysages campagnards et marins, scènes mythologiques, natures mortes, oiseaux et autres animaux.

La mode des mosaïques, venue de Grèce au Ier siècle av. J.-C., a trouvé une large application dans la décoration des maisons de Pompéi. Elles étaient souvent utilisées comme pavage. Les plus anciennes sont réalisées avec des motifs géométriques simples, avec des tesselles grossières au niveau de leur facture et humbles au niveau des matériaux. En revanche, la composition des plus récentes est recherchée, aussi bien pour ce qui est du goût chromatique que de la finesse des tesselles utilisées.

Nous passons du temps dans ce musée. Certaines salles qui ferment tôt. Et même si Lison n’a pas fini de croquer une sculpture d’Athéna, le garde lui éteint la lumière pour nous faire sortir. Nous apprécions aussi les nombreux objets égyptiens, à la mode à l’époque, collectionnés minutieusement par les riches pompéiens. Nous sommes amusés par les graffitis des hommes politiques romains qui pour faire campagne, faisaient écrire sur les murs « Votez pour Cauillus Lucius, c’est un bon administrateur et un homme honnête ».

Manger une Napolitaine à Napoli !

Ça aussi ça faisait partie de nos rêves. « Manger une napolitaine à Naples… » Hé bien après un tel début de journée, le temps est venu de réaliser ce rêve ! Nous filons à la première pizzeria référencée par notre guide, il ne pleut plus, la traversée de la ville devient enfin agréable. Dès que nous rentrons dans l’ambiance chaude du restaurant, le serveur nous met dehors en déblatérant quelque chose comme « Hé les mecs, il est 5h, c’est plus l’heure de manger une pizza et puis on a eu tellement de monde que franchement, on a besoin d’une pause, alors merci et au revoir ». Ha oui, il est 5h, c’est vrai… Solène se met à pleurer aussi fort que le niveau sonore de l’endroit, elle est affamée. En même temps, on a goûté à 11h donc 17h, c’est l’heure d’une pizza quand même. Nous n’insistons pas, j’ai une autre pizzeria dans mon guide, juste un peu plus loin dans la rue. 200 mètres de navigation entre les piétons et les scooters et nous arrivons devant un minuscule pas-de-porte qui distribue des pizzas et autres fritures en mode street-food.

C’est là chez Matteo ? Oui, au dessus, il y a une salle. Un serveur nous fait traverser ce qui semble être la cuisine et le fourneau, normal, puis escalader un minuscule escalier très pentu et tout carrelé en blanc. Mais où nous amène-t-il ?? En salle. Ici, des italiens, des jeunes, des familles finissent leur pizza ou s’installent comme nous. Ici, les pizzas ont un label qualité « spécialité traditionnelle protégée », un label européen officiel. Ici, les prix des pizza se bagarrent entre 4€ et 8€. Incroyable. Au dessus de notre table, une coupure presse montre Bill Clinton s’enfilant une pizza de la maison. Sur l’autre mur, une publicité pour Dolce et Gabana a été prise devant le restaurant. Je crois que nous sommes à une drôle d’adresse…

Voilà comment nous nous sommes retrouvés à 17h mangeant une pizza à Naples. En payant nos pizzas, la caissière complimente les beaux yeux de nos trois filles. « Mamma Mia ! ».

La démultiplication des santons

La pluie partie, le ventre plein, ça y est, nous pouvons enfin apprécier une déambulation dans les artères de Naples. Direction cette rue des santonniers, tout près. Une rue déclarée en sens unique pour les piétons tellement il y passe de monde. Enfin, cela n’empêche en rien les gens ni les scooters à la prendre en sens inverse. Ici, chaque boutique rivalise d’originalité pour proposer des santons de toutes sortes, en mouvement, en polichinelles, en joueur de foot,… Et tout un tas d’accessoires, maisons, moulins, commerces et toutes les marchandises qui vont avec. Démonstration d’opulence. Un régal à regarder les santons dans tous leurs détails. Les Napolitains ont l’art de la crèche dans le sang.

Retour en klaxonnant

Noires de monde, nous retrouvons ces rues où l’on doit se frayer un chemin entre les véhicules de toutes sortes. Et maintenant que Naples est tout à fait réveillée, la circulation est devenue encore plus… sportive. « C’est pourtant simple ! » me dit Pierre en me voyant sursauter et protéger mes enfants à chaque engin qui surgit, » C’est simple, tu klaxonnes et tu passes, c’est comme ça qu’ils font tous ». Ça, il ne faut pas le dire deux fois aux filles. Nous voilà donc nous frayant un chemin jusqu’à la gare en criant « Tut tut !  » à chaque traversée de rue. Ça amuse beaucoup les filles et on dirait effectivement que ça marche bien comme ça.

À la gare, l’agent nous oriente sur notre quai et sans vérifier, nous montons immédiatement dans le train. Il démarre. Pierre a un doute, nous demandons autour de nous. Une jeune femme anglophone se précipite vers nous pour nous aider. Nous ne sommes effectivement pas dans le bon train. Elle parlemente en italien avec à peu près tous les gens du wagon qui décident d’un commun accord de nous faire descendre à la prochaine station pour que nous prenions le train suivant. C’est la solution qui leur semble apparemment la meilleure, ou la moins pire, nous ne savons pas. « Faites attention à vous » nous dit-elle anglais. Nous descendons sereins, avant de comprendre que le prochain train ne passera pas tout de suite… Trois quarts d’heure d’attente sur le quai. Moi je n’aime pas ça, je ne suis pas sereine. Solène et Lison jouent en criant à tue tête. Je préfère qu’elles patientent en jouant, heureusement. Et puis ouf, notre train, notre sauveur arrive. Il ne reste plus qu’à voir si l’Emile-Pat est toujours là.

Dans le train, Pierre s’assoie devant une mamie qui entame la discussion avec nous. Voyant notre incompréhension de sa langue, elle s’amuse à nous parler avec des mots simples. « Tu Papa ? » Dit-elle à Solène. »Nooo, Papa mio ! » Solène se retourne vers moi pour m’appeler au secours, quelqu’un lui a parlé. « Répond lui Papa mio ». Elle joue à répondre, ça amuse beaucoup la Mamie. Elle rétorque « Tu Mama ? Noooo, Mamma mia ! » Et Solène de crier plus fort avec son timbre de poissonnière « Mamma miiiiiaaa ! »

Et l’Emile-Pat est toujours là, alléluia ! Je crois que je n’ai jamais été aussi heureuse de retrouver ma petite boîte adorée. Nous sommes claqués et nous n’avons franchement pas faim. Une clémentine. Nous nous remémorons en riant cette journée bizarre et extra-ordinaire. Le désespoir de la pluie du matin. Les mosaïques aux tesselles mini-minuscules. Les pizzas aux fromages. Les milliards de mille milliards de santons. Les gamelles de Lison dans la rue, oui parce qu’il n’y en a pas eu qu’une. Le bouledogue affreux qui s’est attaqué à Papa à travers ses grilles quand il a volé un agrume qui pendait au dessus de la rue. Je crois qu’à Naples, nous  nous sommes payés une part de bonheur. 

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