Devetaska, la grotte cathédrale

Devetaska, la grotte cathédrale

Dimanche 15 mars 2020. J248. Bulgarie. Capucine se met aux maths, je rigole. C’est dimanche, y’a pas maths aujourd’hui. Mais je ne dis rien. C’est tellement dur les maths en ce moment pour elle, un peu de rab ne fera pas de mal. L’école à la maison obligatoire en France aura cet avantage, une amie va me faire passer les maths des enfants de la classe de Capucine, exercices et corrections. Nous allons pouvoir savoir où elle en est par rapport à ses camarades, s’il y a vraiment un problème ou pas. En attendant, elle galère toujours avec ses fractions et ses proportionnalités.

Corona-nouvelles

Après l’école, nous prendrons des nouvelles des amis. Il y a la bibliothécaire qui a appris à 15h qu’elle fermait à 18h. Pas le temps d’informer les abonnés pour qu’ils fassent un stock avant fermeture. Elle a pris un grand sac de bouquins qu’elle pourra prêter. Dealeuse de livres. Il y a ce directeur de cinéma, qui a appris à 16h qu’il fermait à minuit. Même pas le temps de faire la dernière séance. « Un cinéma c’est ouvert tout le temps, 365 jours par an, qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige. Même pendant la guerre un cinéma reste ouvert ! ». La gorge est serrée, les larmes ne sont pas loin. La décision est reçue violemment. Et celle dont le travail est d’organiser des voyages scolaires. « Ça fait quinze jours qu’on annule six mois de travail. C’est notre chiffre d’affaires de l’année qui est perdu. Aujourd’hui je suis en arrêt de travail et je vais m’occuper de mes enfants, c’est le plus important ». Mon frère, qui travaille chez airbus, apprend aujourd’hui que son usine ferme. « Je vais pouvoir bricoler mon van », me dit-il. En espérant qu’il pourra prendre la route en juin comme prévu, rien n’est plus sûr. Mon Papa, « Toute l’entreprise est en télétravail, alors nous sommes allés nous installer dans notre chalet au bord du lac ». Tranquilou. Sauf qu’il s’occupe des systèmes informatiques de sa boîte, faut que ça fonctionne. Il y a le copain paysan, pour qui rien ne change. Produire notre nourriture est essentiel. Il y a celui qui a un collègue de travail malade, avéré coronavirus. Confinement obligatoire en attendant de voir si les symptômes arrivent. Et puis il y a les @5abord, rentrés en France juste cette semaine pour rénover l’un de leurs restaurants. Il ne rouvrira pas comme prévu. « On a la boule au ventre, la situation est hyper stressante ».

La situation des uns et des autres diffère. Nous partageons leurs peines et leurs inquiétudes. Je suis sûre que la situation fera aussi naître de belles solidarités. Toujours rester positif.

La grotte de Deveteska

Allez, il est temps d’aller la voir Devetaska, cette « grotte du Diable ». Cinq minutes de route et nous y sommes. Solène n’a aucune intention de venir avec nous, d’ailleurs elle est encore en pyjama. Capucine se dévoue sans peine pour rester avec elle. Lison, tout de même, enfile son manteau. Il faut dire que le temps est pluvieux, il faut un peu de courage pour sortir de notre cocon tout douillet. Pierre et moi, avons bien envie de prendre l’air. Cette grotte, ça faisait tellement longtemps que nous l’avions repérée et nous avons hâte de la découvrir en vrai.

Derrière l’entrée, un vieux wagon tanqué. Deux hommes en sortent et nous font payer le droit d’entrée, 5 lev, 2,50€ pour nous trois. On dirait que ce wagon est leur antre, qu’ils vivent là, une petite cheminée fume. 

Un pont piéton. Nous arrivons. La grotte est gigantesque. Une gigantesque bouche béante. 35 mètres de large et 30 mètres de haut. Puis l’espace s’élargit atteignant une hauteur de 60 mètres, voire 100 mètres à certains endroits. Une cathédrale. À l’intérieur, quatre énormes ouvertures sur le ciel. Un gruyère. L’endroit est puissant, imposant. Les courbes sont douces, les parois sont lourdes. Brut et esthétique. Grandiose.

Le fond de la grotte est fermé pour préserver les colonies de chauve-souris qui y vivent. En 2011, la grotte a fait une apparition dans un film, The Expandables 2. Apparition largement décriée des Bulgares pour qui cela avait été un scandale. L’usage d’explosifs pour les effets spéciaux du film avait tué des milliers de chauves-souris aujourd’hui protégées.

Devetashka

Veliko Tarnovo

L’exploration n’est pas si longue, il pleut toujours alors nous roulons vers notre prochaine destination. Veliko Tarnovo, l’ancienne capitale bulgare. Un parking en pente, nous ne serons pas bien ici pour dormir. Mais le quartier est toutefois joli. Sous la pluie, nous sortons. Les filles restent dedans, évidemment. Cette partie de la ville est ancienne et très jolie. Les nombreuses églises sont toutes fermées. Trouvons un autre spot, dans un autre quartier. Tient, allons sur ce parking, à côté de ce drôle de monument. Pierre nous stationne, fenêtre du salon juste en face. Et nous sortons de nouveau, voir ça de plus près. Les filles restent dedans, évidemment.

Le monument de la Dynastie Asen domine la rivière Yantra et la vieille ville, accrochée spectaculairement à flanc de falaise. Les statues représentent les quatre premiers tsar Asen : Ivan, Peter, Kaloyan et Asen II. Chacun brandit une épée sur un cheval dressé sur ses pattes arrière.  Ils encerclent une énorme épée pointant vers le ciel. Ivan et Peter Asen ont mené une rébellion sanglante contre les byzantins en 1186. La famille Asen a ensuite fondé une puissante dynastie et a gouverné la Bulgarie pendant un siècle. Le monument a été érigé 800 ans après la proclamation de la ville comme capitale de la Bulgarie par les frères Asen. Surprenante œuvre.

Un tour en ville. Il nous faut trouver du pain et des bougies. Une épicerie est ouverte, pleine à craquer de marchandises. Mais en ce dimanche soir, plus de pain. Nous demandons des bougies. La vendeuse farfouille sous son comptoir et trouve notre Graal, des bougies, pour pouvoir fêter comme il se doit les 4 ans de Solène demain. Les bulgares ont le sens des choses essentielles.

Donc pas de pain ce soir. Réfléchir. Idée. Dans les balkans, on mange souvent des pains plats, cuits à la poêle. Je ne me souviens pas de leur nom, mais c’est comme de la pita grecque ou du « robs » maghrébin. Je me souviens que j’en faisais, de retour d’un voyage au Maroc il y a longtemps. Farine, eau, sel, levure, j’ai tout. Je laisse lever. Cuisson à la poêle avec un peu de matière grasse. Parfait. C’est excellent. La débrouille a ses trésors.

Ce soir, l’Allemagne ferme ses frontières. Les 5àbord qui avaient leur vol mercredi depuis Stuttgart restent en France. Sur l’application du ministère des affaires étrangères, nous avons enfin des informations concernant la Roumanie. « Fermeture des frontières à toutes personnes venant de France ou de tout pays comptant plus de 500 cas avérés de Covid ». Nous ne venons pas de France. Et la Bulgarie compte 51 cas avérés. Ne ferait-on pas mieux de passer ?

Pendant que nous faisons le point sur la situation, en bas ça s’active. Solène est couchée et ses sœurs lui préparent son anniversaire. Le petit tas de cadeaux, délicieusement emballés avec du tissu, en l’occurrence un mouchoir et une culotte… Un fromage d’anniversaire déjà déballé et flanqué de quatre bougies fièrement plantées. Et une carte géante d’anniversaire où Lison a écrit un long mot d’amour plein de phautes d’orthographe. C’est l’intention qui compte, n’est-ce pas ? 

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