L’Albanie au menu

L'Albanie au menu

Vendredi 31 janvier 2020. J215. Ckla, Monténégro. Réveil au soleil et école enthousiaste. À 10h les filles sont dehors pour jouer, je crois que les enfants n’ont jamais commencé une journée aussi vite. Aujourd’hui ce sont les parents qui traînent, on blogue, on réseaute, c’est qu’il faut les consommer nos 500GB de données avant de quitter le Monténégro. Bonne excuse. On sirote notre café au soleil, on met une heure à s’habiller et faire la vaisselle, et la douche. En fait, nous sommes super bien ici sur notre minuscule port. Un binôme de pécheurs va et vient. Les hérons passent. Un chat s’approche. Un rouge-gorge nous observe. À 11h, nous levons le camp. Au programme aujourd’hui, pas grand chose. Passer la frontière, trouver des lek, la monnaie albanaise, une carte sim, un peu de pain, quelques fruits, et rejoindre une ferme pour y manger et passer la nuit.

Nous reprenons notre route de montagne au dessus du lac, toujours aussi belle, toujours aussi haute. Elle monte, elle monte jusqu’au sommet de la montagne et zouip, d’un seul coup, elle passe de l’autre côté, la vue sublime sur le lac se transforme en vue sublime sur la mer. Arrêt. Photos.

La frontière

Quelques kilomètres, nous sommes à la frontière. Il y a bien de l’agitation ici. Des personnes portent des masques chirurgicaux sur le nez, et même un stéthoscope autour du cou. Plus loin, un journaliste d’euro news à installé son smartphone sur un pied et attend son direct, seul devant son œil rectangulaire. C’est le protocole de protection mis en place par le gouvernement pour tenter d’empêcher de faire entrer dans le pays le coronavirus. Après le douanier, c’est le médecin qui nous interroge. « Êtes-vous malade ? Non. OK, passez. Merci ». Léger, le contrôle. Nous sommes en Albanie. Deux femmes nous interpellent de suite, elles tendent la main pour avoir une pièce. Nous disons poliment non, leurs deux bambins de 5 ou 6 ans courent à côté du camion en nous priant « pliiiiiiise, pliiiiiiise ». Ne pas les écraser. Bienvenue en Albanie. Franchement, d’un seul coup, l’enthousiasme du matin s’est envolé. Nous traversons les premiers villages, ici, les ruisseaux sont carrément les égouts. Sur la route, Pierre doit zigzaguer entre les mobylettes sans casque, les vélos, les charrettes à cheval et mobylettes-charettes-tricyclettes qui transportent tout un tas de bazar, de grandes grilles, une grosse truie, des déchets,… Un autre monde.

A la mosquée

Nous nous stationnons rapidement sur un park4night à côté d’une mosquée. La route pour y arriver est bordée de murs surmontés de barbelés. L’heure est à la prière du vendredi, quelques voitures sont déjà sur ce parking. Un repas vite préparé. Les fidèles sortent, s’en vont. Nous allons visiter cette mosquée. Fermée.

Moi, je ne me sens pas bien dans ce pays. Avançons. Rejoignons cette ferme. Elle nous avait été recommandée par une famille pour la qualité de son restaurant où tout vient de la ferme, et pour son prix. Sur park4night, les commentaires sont carrément dithyrambiques : « magique, au top, fortement recommandé, fantastique, délicieux, toujours un régal, madness,… » Nous trouvons une sim, appelons. Oui, ils sont ouverts, nous pouvons venir. Nous aurions dû faire un détour par la ville Shkodër pour le reste de nos courses, tant pis. Pas envie. GPS branché, nous choisissons la plus petite route, nous y serons dans 30 minutes.

Comment se rendre à la ferme ?

Non, la petite route est un chemin, un peu boueux. Demi-tour, on prendra la suivante. Nous avions salué les gens sur notre passage, nous les saluons une deuxième fois, tout sourires. Les albanais sont souriants. Pas les albanaises. La route suivante se transforme aussi en chemin boueux. Suivante ? C’est aussi un chemin mais celui-ci est en pierres et moins défoncé que les autres. Allons-y. Il n’y a pas de route pour rejoindre cette ferme ? Sur notre chemin, nous croisons un troupeau de chèvres. Le berger nous salue, Pierre ouvre sa fenêtre, serrage de pinces. « We visit », lui dit-il alors que nous sommes au milieu de nulle part. L’homme sourit. Que foutent-donc des français à visiter ses champs boueux au mois de janvier ? On l’aura fait rire. Il devine que nous allons chez Mrizi I Zanave, la fierté locale. Peut-être en est-il un salarié ? Il nous confirme que notre route nous y amène. Continuons donc à zigzager dans les flaques.

Mrizi I Zanave, ferme-restaurant

Nous voilà, nous passons enfin le portail de la ferme. Oui, en fait c’est plutôt l’entrée des salariés. Nous longons les ateliers de transformation où quelques-un remplissent les réservoirs de leurs bécanes -Ici, pour aller d’une parcelle à une autre, on se déplace en vieille mobylette- et nous nous garons, au petit parking des salariés, un peu penchés. Tout d’un coup, un tracteur surgit, traînant une dizaine de wagons faits en bidons de récup’ dans lequel quelques enfants s’amusent. Le tracteur s’arrête et fait signe aux filles. Elles embarquent illico. Fini les enfants, je crois qu’on ne les a pas revus jusqu’au soir, alternant entre les jeux d’enfants à côté et les tours de tracteur-train. Nous nous présentons au restaurant. Le lieu est charmant, chic et rustique. Nous pouvons nous stationner au parking du restaurant, mais les oies à côté ne sont pas bien silencieuses, même la nuit. Nous pouvons aussi rester où nous sommes, pas de soucis.

Et le repas de ce soir, à six heures. Six heures et demi, nous tentons, non, c’est six heures. Bon, ce sera six heures. Nous craignions de ne pas avoir beaucoup faim et ce restaurant est réputé pour être copieux… Mais visiblement, nous n’avons pas vraiment le choix. Heu… Allons marcher alors.

Avec Pierre, nous faisons le tour de la ferme en gardant un œil sur notre tribu. Les parcelles d’oliviers, les ateliers de transformation des viandes, des fromages et des fruits, une petite meule écrase le blé, un petit chemin, qui grimpe dans la forêt, avec de petits panneaux où sont gravés des vers du poète local, tout est mignon et bien entretenu. Et puis le chemin nous ramène à la ferme, par les coulisses, par la décharge. Je ne sais pas de quels services de traitement des déchets peuvent bénéficier les albanais,… On dirait que chacun doit se débrouiller. D’où les décharges sauvages partout, le long des routes et les rivières qui servent d’évacuation. Dans cette ferme, on semble faire attention à la propreté des lieux où les visiteurs passent, très bien. Mais s’ils n’ont pas d’autres choix que de stocker leurs encombrants au fond du jardin, c’est qu’ils manquent de solutions à leur portée. Une nouvelle énigme s’ouvre pour nous.

C’est la nuit tombante et le froid qui nous rassemblera tous dans l’Emile-Pat. Nous nous refaisons une petite beauté et il est déjà l’heure d’aller souper. Pas de menu ici, le chef cuisine ce qui est produit sur la ferme. Le chef de salle nous installe et nous propose des entrées pour 5 personnes, mais pour le plat, peut-être pour trois ça suffira. Ouiii ! Avec les moineaux que l’on a, pas besoin de plus. Et là,… C’est le grand déballage. Un, puis deux, puis trois plats arrivent sur la table. Des parts de gâteaux aux carottes, au poireaux, des fromages, du jambon cru, quelques légumes et condiments, des patates chaudes servies avec du fromage chaud coulant,… Et ça, ce n’est que l’entrée ! « Ho la la ! C’est l’aventure ». L’aventure selon Capucine, c’est d’avoir autre chose que des pâtes dans son assiette… Les filles goûtent à tout, n’aiment pas grand chose, c’est normal, c’est « nouveau ». Nous, on kiffe. Les entrées terminées, on nous apporte le plat principal. Les plats principaux. La table n’est pas assez grande. Une assiette de brochettes de porc, une assiette de canard, une assiette d’agneau. Et une de légumes. Tout grillé au feu de bois. Heureusement qu’on nous en a apporté « que pour trois personnes ». Les filles n’ont déjà plus faim et picorent trois petits bouts.
Vraiment, c’est délicieux. Mais vraiment, nous ne pouvons pas tout finir. Mais pas de souci, ici, le « take-away » (à emporter) est une pratique courante. On nous apporte nos restes dans une petite boîte.

Et voilà les desserts. 5 assiettes d’une déclinaison de fruits, une grenade sauvage rempliede sorbet à la grenade, des fruits secs, figues, kaki, dates, prunes et un bout de grenade sauvage fraîche. C’est visiblement le fruit de l’hiver chez eux. Et puis une autre assiette, une énorme orange de glace, un cheese cake à la grenade et un moelleux au chocolat-châtaigne… Nous voilà donc avec 5, 6, 7, 8 dessert à notre table… Mais là, plus besoin de courage pour terminer nos desserts, nous y arriverons sans aucune difficulté !

Au moment de payer, 5400 lek, 44€, soit 8,8€ par personne. Dans ce pays, ça semble être un restaurant haut de gamme. Autour de nous, on vient en famille, fêter un anniversaire, ou entre ami, ça parle fort ça s’embrasse, ça trinque. Moi, je regarde ces familles, elles sont belles, endimanchées, elles sont touchantes.

De retour à l’Emile-Pat, Solène a faim. « Quoi ! Tu as faim ? Bah j’ai beaucoup dansé moi, j’ai faim. » Décidément, je ne comprendrai jamais rien à l’alimentation des enfants… Pas de soucis, nous lui ouvrons notre boîte de restes, elle peut dévorer les bouts de viande à pleines dents. 

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