Cap’tain Liliž et le lac de Skadar

Cap'tain Liliž et le lac de Skadar

Jeudi 30 janvier 2020. J214. Virpazar, Monténégro. Réveil chaleureux. Ce matin, nous n’avons pas la vue du salon, mais nous sommes en plein soleil. L’Emile-Pat se réchauffe vite et nous met tous en joie. 

Et nous avons un chouette programme : une excursion en barque sur le lac. Alors l’école est forcément plus facile. Aujourd’hui, c’est au tour de Lison d’être sur la table du salon, Capucine l’accepte et choisit de s’installer dans son lit, fenêtre ouverte. C’est très agréable comme ça, elle fait l’effort et travaille très bien. Tout le monde travaille très bien d’ailleurs. Même Solène, qui commence à connaître beaucoup de lettres de l’alphabet. Ensemble, nous faisons des petites fiches-lettres qu’elle a plaisir à accrocher aux murs de son lit. L’école finie, zou, dehors, et moi, une douche. Lorsque j’en ressors, je découvre Solène en train de danser sur le mur du cimetière… Elle est drôle, sans gêne, et libre.

Capucine n’a pas eu envie de sortir, elle s’est prise de passion pour écrire l’histoire d’une créature imaginaire mi-dragon, mi-dinosaure. Elle écrit, ça lui va si bien.

Lac de Skadar

Zou, allons chercher notre capitaine, nous avons un lac à explorer ! Sauf que… sauf qu’avant, il faut redescendre de notre montagne. Avec les enfants, je descend à pied, la route étroite n’est pas longue, et nous bloquerons les voitures pour que Pierre n’ait à croiser personne. Nous n’aurons pas besoin, personne ne passe par ici. Mais cette montagne n’est pas sans vie, des hommes qui entretiennent une haie nous saluent. C’est que trois nenettes qui dévalent une route, ce n’est pas discret. À Virpazar, je m’adresse à la maison du parc naturel, à cette saison, il n’y a pas beaucoup de guides disponibles pour un tour de bateau, mais l’homme m’en appelle un qui vient immédiatement. Il m’explique ce qu’il propose dans un anglais un peu laborieux, c’est d’accord. Pierre a mis trois sandwich dans le sac, et nous embarquons immédiatement. Génial.

Sa barque est plus grande que celle d’hier, nous sommes bien installés, au dessus de l’eau. Le ronron du moteur, nous démarrons. Un long couloir de roseaux nous mène au lac. Déjà, beaucoup d’oiseaux. Quelques mouettes et goélands. Mais surtout des hérons blancs, gris, des grues, des cormorans, quelques rapaces… Notre passage les fait fuir et nous les voyons prendre leur envol. Que c’est beau. Que c’est calme. Que c’est grand. Le lac, les montagnes enneigées au loin, l’air frais et le soleil chaud. Le tour doit durer 1h30 nous prenons vraiment le temps. Là, un martin-pêcheur ! Il nous regarde passer, sans bouger, il doit être à deux mètres de nous. Demi-tour. Nous repassons devant. Il nous observe autant que nous l’observons.

Visite guidée

« Is it your full-time job ? » demande Pierre à notre capitaine du jour. Hésitation, … « Oui, c’est mon boulot. Avant j’étais technicien sur un bateau de croisière. » Il doit faire ça à plein temps à la belle saison et se la couler un peu plus douce l’hiver.
Il nous fait les commentaires sur le paysage. En face, une île reliée par un pont et une ligne de train. A sa pointe, la ruine d’un gros château. A droite, un village autrefois peuplé uniquement de pêcheurs car il n’était accessible qu’en bateau, pas de train, pas de route comme aujourd’hui. A gauche, subsistent deux hameaux encore coupés du monde.
Les restes du château témoignent de cette époque où les accès étaient surveillés pour pouvoir contrecarrer les assauts des ottomans qui arrivaient par l’Albanie.
Et puis nous papotons. Il a deux de ses filles qui vivent à Nice. Êtes-vous déjà allé les voir en France ? Oui, nous dit-il, tout fier. Puis nous avons droit au visionnage de son album photo sur son téléphone, sur son bateau.

Pour le retour, notre capitaine propose à Lison de tenir le manche du moteur-gouvernail. Lison accepte avec joie. Notre capitaine ne comprend pas bien son prénom et la nomme Liž avec son drôle d’accent slave. Cap’tain Liliž gardera la main sur la barre quasiment tout du long. Trop fière de mener notre barque.

Nous aurions bien traîné plus longtemps entre les oiseaux, mais c’était sans compter Solène et ses incessantes envies de faire pipi au mauvais endroit… Par dessus bord ? Nooonnn, une princesse ne fait pas pipi au dessus du bord d’une barque ! Débarquement en urgence, ouf, sauvés. Dobar dan, Capitaine ! Au Monténégro, comme dans tous les pays slaves, les petits mots de politesse fonctionnent.

Vol au dessus du paysage

Il est 13h. Pile l’heure d’un café au soleil. Avec Pierre, nous préparons la suite. Ce soir, nous dormirons encore au Monténégro, mais à côté de la frontière. Route côtière ? Ou route de montagne le long du lac Skadar ? 

La route de montagne m’avait été recommandée, Pierre accepte. Nous voilà alors repartis sur cette route étroite. Mais de jour, elle est drôlement plus facile et agréable. Pendant plus de 35 kilomètres, nous survolerons le lac en zigzaguant le long des vallées. Cette route est incroyable, impressionnante. Le lac est composé d’une multitude de petits îles en son bord, comme si la montagne se fondait doucement dans le lac. Derrière, au loin, un long massif enneigé. Et partout, de la roche, cette roche karstique qui nous suit depuis la Slovénie. Les Alpes Dinariques, toujours elles.

Elle nous paraît interminable cette route, mais elle est magnifique. Elle nous emmènera jusqu’à un petit port de pêche. Pêche ? Les filles veulent pêcher. Un fil, une épingle, une épluchure de carotte, l’atelier fabrication de fil de pêche commence. Capucine tente la canne à pêche, Lison la technique de la pêche au poulpe qui nous avions découvert en observant un pêcheur à Zadar. Son fil enroulé autour d’un caillou, elle lance son hameçon lesté et le fil se déroule seul. Ça, c’est la théorie. La pratique est plus compliquée. Nous nous amusons bien ensemble à multiplier les essais ratés. Plus on rate, plus on a de chance que ça marche. Principe shadock simple, basique. Simple, basique. Alors on rate. On améliore. On rate. On améliore. On rate. On améliore. Je la laisse poursuivre ses expériences. Mine de rien, l’horizon est vite devenu rose. Pierre la retrouve plus tard, en pleurs. Elle a plein de nœuds à son fil, Capucine s’en va, elle désespère. « Ok, montre-moi ». Même si tu sais que ça peut pas marcher, tu répares le bazar, renroule le fil, accroche une canne,… « Regarde, essaie de faire comme ça. Moi, je te laisse, il commence à faire trop froid ». « D’accord, je rentre aussi mais je vais ranger ma canne là, je ré-essayerai demain après l’école ». Ne rien lâcher. 

À l’intérieur, chacun s’affaire. Solène puzzle. Lison fait son herbier. Capucine finit ses maths, sans fautes, appelle une copine puis accepte de se laver les cheveux. Elle va mieux. Elle se ressert même de soupe, et ça, c’est exceptionnel ! Ses goûts changent, effectivement, et en bien aussi !

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