Arriver à partir

Arriver à partir

29 juin 2019. Alors oui, je sais. Vous êtes quelques-uns à attendre le prochain article de La Carapate, à partager une certaine excitation. Et vous êtes aussi quelques nouveaux abonnés inscrits récemment, suite à un au revoir ou à l’article paru dans Centre Presse. Hé bien non, cet article qui retrace les quelques jours précédant le départ ne va pas vous faire rêver. (pas encore, restez abonnés 😉 

 

J-6. Vague à l’âme. Sentiment de brouillard. Le grand départ est dans 6 jours, mais en réalité nous quittons Rodez dans 3 jours pour Mazamet pour le mariage du frère de Pierre. Et rien ne ressemble à un départ. La maison en bazar, les enfants à l’école, Pierre au travail, les amis en terrasse et moi toute seule dans cette maison que je suis censée vider. J’y travaille depuis longtemps mais je n’en vois pas le bout. Quelques signes d’un départ imminent sont pourtant là. Grand article dans notre quotidien local. Dernière messe. Dernière journée de travail. Dernier cours d’anglais avec Nancy. Dernier marché. Fête de départ. Nœuds au ventre à l’idée de se séparer de ces Cara-potes qui quand même, partagent allègrement notre vie. Cette vie à laquelle on va s’arracher. Cette vie que l’on aime car il faut reconnaître, on est bien ici, avec eux. 

Mais cette maison où tous les placards ont déversé leurs contenus au centre de chaque pièce me paraît définitivement être un boulet auquel je suis attachée et qui m’empêche d’avancer. Elle n’est pas grande cette maison, mais on y stocke vraiment trop de choses. J’ai envie de minimalisme. De liberté.

Heureusement Pierre est là et il assure, organise, me comprend et me remotive. Les filles, elles, vont bien. Capucine a commencé sa vie nomade par une tournée des copines : tous les soirs elle dort chez une amie différente. Solène est capable d’expliquer qu’elle part longtemps en Carapate et qu’elle reviendra à Rodez. Contrairement à ce que je craignais, elle s’en fiche pas mal de voir sa chambre se vider. Elle, ce qu’elle attend plus que tout c’est jeudi car elle passera la fin d’après midi chez son copain Hugo, puis la nuit chez son copain Abel. Oui, elle a 3 ans et est très liée à ses copains. 

J-5. C’est mercredi. Et rien que la présence de mes enfants me gonfle d’énergie. Cette chambre, il faut la vider. Je pose 3 grands cartons au centre de la pièce et tout le monde s’y met. Même Solène, jamais très encline à ranger habituellement, participe de bon cœur. « Ça, ze le prend en Carapate, ça, ze le laisse. » Je suis sûre qu’elle ne saisit pas la durée de cette Carapate-là, à son âge, elle n’en est pas capable. Mais visiblement elle a bien compris qu’on partait et partage l’entrain familial.

Pierre nous rejoint à midi car il a posé son après-midi pour le spectacle de fin d’année de Lison au conservatoire. Il sera d’une efficacité redoutable pour terminer cette partie de la maison. Le soir, chambre d’enfant et atelier sont terminés, tellement vides que les murs résonnent. On le sent, là, le départ ! Capucine, elle, a passé la matinée chez une copine et l’après-midi à la répétition de son Gala de danse qui s’est visiblement passé dans une ambiance pesante. Une des élèves de cette école, âgée de 13 ans, est décédée cette année. Une danse lui rend hommage. Ma Capucine, (qui ne la connaissait pas) , est rentrée le cœur gros, épuisée et chagrinée. Dans mon câlin, elle me parle de l’injustice du décès d’un enfant et de la peur qu’elle ressent à quitter ses copines dans quelques jours.

Une bonne douche lavera toute cette tristesse. Ce soir, c’est le dernier soir des trois sœurs dans leur triple lit superposé.

 

J-4. Ce matin, présentation de notre Carapate à la classe de maternelle de Solène. Quatre classes d’enfants de 3 à 6 ans sont installés devant le vidéo projecteur. Comment leur expliquer un tel projet ? À leurs âges, ils ne savent pas pour la plupart ce qu’est l’Europe, ce qu’est un pays, un camping-car, un blog et même ce qu’est une année… Alors j’y vais pas à pas, j’essaie de partir de ce qu’ils connaissent : « Après les grandes vacances, Solène ne viendra pas dans la classe des Ps2, on va faire un grand voyage en famille. Et après, on reviendra et elle rejoindra la classe des Moyens. Et vous savez comment on va voyager ? », je leur demande. « À train ! A scooter ! A cheval ! » ils me répondent. « Nous allons voyager en camping car, c’est une camionnette avec une mini maison dessus ». Je leur montre une photo sur le blog. Puis la vidéo que nous avons faite avec Capucine. À la vue de la chambre de Cap, qui n’est qu’un lit agrémenté de 2 mini étagères, les enfants s’écrient : « Ouahhhh, trop de chaaaance ! » Alors je vous le dis très sérieusement : arrêtons de remplir leurs chambres de jouets à nos enfants !

Après cette récréation, il me faut retourner à mon affreux ménage. Je continue ma ronde, je lave, je frotte, je plie du linge et je recommence. La cuisine se vide sérieusement, alors je m’incruste manger chez des amis pour midi. Le soir comme prévu, toutes les filles dorment chez d’autres amis. Capucine chez Zoé, Lison et Solène chez Bodza et Abel. Il s’agit d’éloigner de la maison leur grande capacité à déranger. Et puis de prendre tous notre dose d’amitié avant le départ ! Car nous aussi nous mangeons chez Niki et Roland et pour l’occasion, nos amis hongrois nous ont préparé un repas typique de leur pays, un « paprikash crumpli » (sans l’orthographe), ou quelque chose comme ça. (Il faut vraiment que je prenne des notes si je veux arriver à vous retranscrire correctement les choses !). Des patates au paprika, doucement épicées pour ne pas heurter nos palais inhabitués. Après cette pause, retour chez nous pour une séance ménage-rangement à la fraîche et jusqu’à… 1h du mat.

 

J-3. En réalité notre dernier jour à Rodez. Pierre et moi petit-déjeunons chez les Virolle, officiellement pour ne pas salir notre cuisine toute propre, mais au fond pour profiter des amis au maximum. Les filles ont dormi chez d’autres, pas besoin de les amener à l’école, alors je suis disponible pour amener les enfants Virolle. C’est comme ça Rodez, un peu comme un village africain où tous les parents s’occupent de tous les enfants même si ce ne sont pas les leurs. Puis, rituel café-du-petit-bonheur-des-amis sur la place du village avant de reprendre le chantier de la maison. Dernière ligne droite pour la corvée d’astiquage, dernières machines à laver. Et vlan, mon petit orteil heurte violemment le pied d’une chaise, devient tout rouge et douloureux. Cassé ? C’est vraiment trop dangereux de rester chez soi, il faut qu’on parte ! Une photo envoyée à ma copine médecin : « Delphine, je suis pas partie que j’ai déjà besoin de toi !!! ». Elle me confirme que ça ressemble à un orteil cassé et qu’il n’y qu’une chose à faire, bander les deux derniers orteils pour qu’ils ne bougent pas. Le plus gênant dans cette histoire, c’est que toutes mes chaussures sont déjà dans l’Emile-Pat’ et que je n’ai à la maison que mes sandales compensées, qui appuient sur les doigts de pieds, ou mes grosses chaussures de marche sans chaussettes, par 38°… Courage. 

A 16h je file à l’école en clopinant pour rejoindre Lison qui présente la Carapate à sa classe. Quand l’heure de la fin de l’école sonne, ses camarades continuent de poser des questions et la maîtresse doit insister pour qu’ils quittent la classe, non sans un gros câlin collectif. C’est chouette. Nous profitons de ces tout derniers moments d’école. Capucine à fait sa présentation seule à sa classe. Je la retrouve dans la cour dégoulinante de larmes, tout comme bon nombre de ses copines. « C’est dur Maman ». Oui c’est émouvant, c’est ces moments là qui nous font mesurer l’amitié qui nous relie tous. 

Mais nous devons enchaîner. Douche, coiffage, maquillage et Gala de danse. Encore une fois parents et enfants se retrouvent autour d’une pizza pour un dernier moment convivial avant de rejoindre la salle de spectacle. 11 adultes et 11 enfants, quelle bande ! Jusqu’au dernier moment, on en profite !

Le Gala est beau, mais long, les filles dansent très bien, mais il fait très chaud. Quand tout se termine à 23h30, nous avons prévu douche à la maison, et nuit dans l’Emile-Pat’. Mais ça, c’était sans compter les copains qui avaient un tout autre programme. À la sortie de la salle de spectacle, les Virolle nous attendent avec un panier rempli de Champagne et de coupes de Champagne ! Alors nous voilà trinquant tous ensemble au milieu de la nuit dans le square Bonnefé ! Irréel ! Et comme Pierre s’était sacrifié pour rentrer à la maison à l’entracte coucher Solène, hé bien il nous a bien fallu aller le rejoindre avec notre beau panier pour trinquer avec lui ! Deuxième bouteille ! Dixième blague. Énième rigolade. Et embrassades. Cette fois ci, on y va. Une petite dernière douche. Une prière pour dire au revoir à la maison et bonjour à l’aventure. Et nous nous nous chargeons dans la voiture pour rejoindre Émile-Pat’ stationné sur le parking de la piscine. Nous n’aurons pas du tout la force de trouver un spot un peu plus glamour. Notre toute première nuit en Carapate sera ici !

Commentaires

  1. La team Thirion a dit :

    Ce sentiment d’attachement nous ne le connaissons que trop bien ( mais sans l’aventure derrière…). Courage, tous vos amis serons là à votre retour !

  2. Hélène des Pyrénées a dit :

    Mille pensées vers vous pour ces moments qui ne semblent pas finir, qui vous plongent dans le réel du départ, et qui semblent faire perdre la boussole intérieure (« mais pourquoi on fait ça déjà »?…)… Avant le grand saut, qui ne vous fera pas regretter d’avoir vécu cette période! BON VENT LES AMIS! Bises

  3. Vinel Benoît a dit :

    C’est déjà passionnant ! Au fur et à mesure que l’on parcours ce récit , on est pris par l’histoire .
    Bonne route !

  4. Eric Clément a dit :

    Je ne dirais qu’un mot : Pouf !

    Pour ses grandes méharées, Théodore Monod disait : le premier jour l’important c’est de partir, peu importe le nombre de kilomètres 😉

    Bravo pour ce départ.

  5. Melanie a dit :

    Ce vague à l’âme aura heureusement vite disparu lorsque vous aurez avalés les premiers kilomètres qui vous éloignent de votre vie actuelle et qui vous rapprochent de votre rêve de voyage et d’aventure. Tout devient de plus en plus concret. C’est super ,profitez bien de tous ces moments uniques que vous vivrez, pensez à nous mais pas trop. On pense à vous.

    1. Pierre a dit :

      Salut Mélanie,
      Oui je te confirme, le vague à l’âme a disparu depuis que nous avons fermé la maison et depuis que nous avons fait notre vraie première étape après le long trajet pour quitter le sud de la France et la chaleur et nous rapprocher de la Belgique pour entamer note rythme de limace.

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