Belle et bizarre Bruxelles

Belle et bizarre Bruxelles

Samedi 13 juillet 2019. J13.
7 km de vélo pour rejoindre le musée Magritte ce matin, même pas peur ! En plus, nous allons devoir rouler sur cet autoroute à vélo comme les bruxellois que nous observions hier matin. En descendant la rue de la Loi, nous passons devant le compteur de vélos. Arrêt jeu obligé : On passe et on repasse devant le compteur pour voir si on est compté. Parfois ça fonctionne, d’autres fois non. Alors nous recommençons en roulant plus vite ! 

Une gaufre belge

Magritte est un artiste que les filles connaissent. Nous avions lu ensemble le magazine Dada qui lui était consacré. Et elles avaient beaucoup aimé alors ce matin, elles sont enthousiastes. Arrivés sur place, l’odeur de gaufres émanant d’un vieux combi Volkswagen est irrésistible. Et c’est tout à fait une idée raisonnable de manger une gaufre au sucre avant la visite ! Nos gaufres brûlantes à la main, nous nous installons plus loin, sur le rebord de la fontaine de l’oreille tourbillonnante. Finalement, c’est vrai que c’est joli Bruxelles.

Nous sommes sur le mont des arts et avons vue sur la ville. Plus haut, deux magnifiques bâtiments à l’architecture art nouveau déploient ostensiblement leurs façades ornées au dessus de nous. Et la gaufre est encore une fois délicieuse.

Ceci n'est pas qu'un surréaliste ! Musée Magritte.

Au musée, comme à leur habitude, les filles papillonnent d’une œuvre à l’autre avant de jeter leur dévolu devant l’une d’entre elles. Aujourd’hui, ce sera La Moisson. Une œuvre de style impressionniste représentant une Venus aux membres colorés de manière un peu surréaliste. Pendant la seconde guerre mondiale, plutôt que de voir la vie en noir, Magritte choisit Renoir. Sous l’influence de ce peintre impressionniste, il exploite le travail de la couleur avec laquelle il espère réenchanter la réalité. On est loin des habituelles toiles à l’aspect lisse et sans coup de pinceau visible.

Devant cette œuvre peu commune, les filles sortent carnets, gommes et crayons et s’allongent par terre. Commence alors une longue séance de dessin. Lison s’applique pour représenter cette femme. Et Solène aussi. A son âge, c’est très compliqué pour elle. Elle commence seulement à savoir dessiner des bonhommes. Mais ça n’a pas l’air de lui faire peur. Elle regarde, elle commente et puis elle reproduit, à sa manière, cette femme. « Le bidou je le fais en rouge. Bon, en fait il est violet mais c’est pas grave. La tête, là les yeux. Et les tétés. Les oreilles. Maman, les bras je fais comment ? » Capucine : Ho, il est bien fait le bras qui fait le tour de la tête ! Solène : « Mais non, c’est l’oreeeeiiiille ! » 

Capucine a choisi une autre œuvre, une étude de la Golconde, cette pluie de petits Magritte. Plus loin, nous lisons la description d’une affiche publicitaire, l’occasion d’expliquer à Lison les concepts de couleurs primaires et complémentaires. 

Pour des raisons alimentaires, Magritte a commencé sa carrière en dessinant des affiches et des publicités. Il fréquente Francis Picabia et les dadaïstes. Avec plusieurs artistes qui sont ses amis, Mesens, Nougé, Goemans et le compositeur Souris, il crée le groupe des surréaliste en 1926. L’artiste belge est le champion des images mystérieuses. Avec lui, tout ce qui nous entoure peut devenir étrange. Des chaussures se changent en pieds, une maison plongée dans la nuit est surplombée d’un beau ciel bleu, le visage d’une jeune femme est remplacé par une partie de son corps, seins, nombril et sexe. Et une pipe nous dit qu’elle n’est pas une pipe. Des images impossibles et fascinantes. « Méfiez-vous des apparences », nous dit l’artiste !

Une frite et une carotte

Il est 14h lorsque nous quittons le musée. Pile l’heure d’une frite ! Nous voilà s’installant sur un bout de banc proche de la Bourse pour picorer « les meilleures frites de Bruxelles » selon ce qu’il était écrit sur la devanture de la friterie. 1,5 tonnes de frites par semaine sont vendues dans cette minuscule boutique. Plus de 200 kg par jour. En maman consciencieuse, j’avais pris ce matin une carotte, histoire de tenter d’équilibrer un peu le menus… ou de me déculpabiliser. 

Pour terminer en beauté notre échappée bruxelloise, nous repassons sur la grand-place, débarrassée cette fois-ci de ses affreuses installations et bondée de touristes… La voilà sous son jour habituel. Nous nous asseyons sur quelques marches et décryptons l’architecture biscornue de l’hôtel de ville. Onze arcades à gauche, six à droite. Les fenêtres du premier étage à gauche sont surmontées de statues, à droite non. La légende voudrait que l’architecte se soit suicidé en se jetant du haut du beffroi après avoir réalisé son erreur. Il n’en est rien. Les deux ailes n’ont simplement pas été construites à la même époque, ni par le même architecte. L’asymétrie volontaire serait liée à un symbole d’alchimie (?). Baudelaire écrivait « le beau est toujours bizarre ».

Après une journée comme celle-là, nous craignons le retour à vélo, surtout que les itinéraires à vélo ne sont pas toujours très sécurisés. Avec deux souricettes fatiguées à vélo, nous étions très prudents. Arrivés dans une zone résidentielle, sans circulation et à quelques centaines de mètres de l’Emile-Pat, j’entends Pierre dire à Lison « Ne te serres pas trop des voitures garées ». 30 secondes plus tard, badaboum, Aaaïïïïeeeeuuiuii. Lison à percuté l’arrière d’une petite voiture garée. Elle hurle tout son possible. Sur le coup nous avons eu très peur. Mais Lison se lève de suite pour rejoindre le trottoir. Je l’allonge, elle s’assied. Inspection complète, elle semble s’être bien cognée au tibia, au pubis et aux doigts, à voir comment ça va évoluer. Je la connais un peu ma bestiole, elle paraît invincible mais quand elle se fait mal, elle crie très très fort. Une voisine sort voir ce qu’il se passe, propose son aide et une gorgée d’eau. Dans mon sac magique de maman, j’ai tout ce qu’il faut : un peu d’arnica et de l’efferalgan en stick, prêt à faire fondre dans la bouche (un gadget que je trouve vraiment très utile d’ailleurs). Alors en selle ! On n’est pas une poule mouillée, on va rentrer à L’Emile-Pat à vélo je dis à Lison. Elle serres les dents et remonte sur son vélo. Nous ne sommes vraiment pas loin, 3 minutes plus tard nous sommes arrivés. Elle est courageuse ma Lison. 

À l’inspection du soir, Lison n’a rien, une égratignure, même pas un gros bleu. D’ailleurs elle fait la folle, même pas fatiguée…

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