Crișeni, l’apôtre de paille

Crișeni, l'apôtre de paille

Mardi 2 juin 2020. Roumanie. Nous avons passé une nuit tranquille au bout de notre chemin de boue. Ce matin, je n’ai qu’une hâte : partir d’ici et poursuivre notre voyage. Les filles font l’école pendant que je m’atèle à laver toute ma salade et les fanes de radis et de carottes qui feront notre soupe de ce soir. Il fait enfin un peu beau, alors je vais pouvoir ouvrir grandes les portes pour un brin de ménage tant attendu. Quelques cueillettes autour du camping car, camomille et grande mauve. A 10h30, tout est fini, nous pouvons décoller. Nous avons prévu la visite d’un petit musée dans le village d’a côté. Par précaution, j’appelle. Le musée est bien ouvert et l’homme qui me répond est d’un enthousiasme incroyable à l’idée de recevoir notre visite.

Il s’agit du musée de chapeau de paille du village de Crișeni. Quelle idée d’aller voir un musée du chapeau de paille ?… J’avais noté cette visite depuis longtemps, en suivant les aventures d’une autre famille autour de l’Europe, 1cat4bees, qui en avait fait un récit vraiment enthousiaste. Je ne suis pas certaine que le sujet soit passionnant, et l’endroit semble bien modeste. Il arrive que de petits musées ruraux soit parfois sans grand intérêt. Mais nous aimons ce genre de petite prise de risque, je suis certaine que l’on va avoir une bonne surprise.
Et les recommandations de cette famille voyageuse ont été bonnes. A notre arrivée sur le parking du village, monsieur Lajos vient à notre rencontre. C’est vous qui avez appelé ? Bienvenue ! Vous pouvez venir quand vous voulez pour la visite, je vous ouvre !

Le musée du chapeau de paille

On dirait que l’on est ses premiers visiteurs post-confinement et qu’il ouvre son musée rien que pour nous. Quelle chance ! Nous nous présentons, expliquons notre voyage et notre présence en Roumanie. « Vous n’êtes pas déjà venu l’an passé ? » nous demande-t-il. Il se souvient de cette autre famille de voyageurs et nous confondrait volontiers. Incroyable. La visite commence, notre hôte est jovial et se fait un plaisir de nous raconter l’histoire de cette tradition locale qu’est le travail de la paille. Nous avons du mal à le stopper pour traduire ses explications. Capucine devine maintenant bien l’anglais. Lison pas encore. Et Solène non plus. Et puis en deux chapeaux, notre guide nous demande comme va la France, comment l’on accueille les migrants, quelles sont les religions pratiquées, si l’on est catholiques, si l’on croit que Jésus reviendra sur terre. La conversation devient invraisemblable. Monsieur Lajos le sent, il voit de plus en plus de signes, Jésus va revenir, il en est sûr, et ce sera une très bonne nouvelle. Son enthousiasme pourrait déplacer des montagnes, il fait plaisir à voir. Et puis nous revenons à nos moutons. 

Après la fabrication, le langage des chapeaux. Il y a ceux pour les jeunes, ceux pour les anciens. Il y a ceux portés décoration à droite, pour les roumains, et ceux portés décoration à gauche, pour les hongrois. Très pratique pour savoir dans quelle langue se saluer. Devant le grand mur de chapeaux, les essayages sont irrésistibles et heureusement autorisés. Dans une autre partie du musée, la boutique. Ici, tous les articles sont en paille et réalisés par les gens du village. Un rapide calcul, les prix sont dérisoires. Alors chacun repart avec un petit quelque chose. Un chapeau pour Lison, le sien était tout écrasé et bientôt hors d’usage. 4€. Un aussi pour Pierre, enfin il accepte de remiser son vieux couvre-chef difforme. Un petit panier pour Solène et une boîte à bidouille pour Capucine. Et je me trouve même de jolies boucles d’oreilles en paille tressées ! Ça faisait bien longtemps que l’on n’avait pas dépensé un kopeck, ou un lei plutôt ! D’autant plus que le musée est gratuit, c’est de bon ton que de s’arrêter à la boutique. Notre hôte, encore plus joyeux, nous offre trois figurines et trois bracelets en paille. Nous aurons été gâtés. Et puis il continue de papoter. Il est très intéressé par notre maison nomade, quel confort a-t-on, combien ça coûte… « Viens visiter ! » Alors le voilà chez nous un instant. Avez-vous besoin d’eau ? Ha oui, nous avons besoin d’eau potable. Il repart donc avec notre gros bidon de 10L.  Quel accueil !

J’improvise un pique-nique à l’intérieur et nous rigolons de cet apôtre de Jésus si accueillant, généreux et rayonnant. Ha que la rencontre est belle ! Ha que le voyage est bon ! Et voilà que l’on frappe à la porte. C’est lui, qui revient avec trois paquets de poufoulets, ces friandises salées de maïs soufflé que tout le monde adore en Roumanie, de Snagov jusqu’à Firtușu. Nous apprécions vraiment le geste ! Et puis nous mangeons, et puis nous préparons le café, et puis l’on refrappe à la porte. Des petites parts d’un gâteau traditionnel hongrois, genre de brioche roulée à la pâte de noix, faites maison par Madame, nous sont maintenant offertes pile à l’heure du café ! « Cadeau de Dieu » affirme t-il. La providence !

La fontaine de sel

Nous repartons de Crișeni en saluant notre hôte, posté devant sa maison-café-épicerie. Direction Sovata, la station thermale réputée pour son eau salée, en passant par les petites routes. 

Non, les petites pistes.. en fait ce sont les départementales. Quinze kilomètres de pistes avant de rejoindre une vraie route. A Sovata, Feri nous avait indiqué l’emplacement d’une fontaine d’eau salée où ils ont l’habitude de se rendre. Ils prennent de l’eau, et la laisse s’évaporer sur leur poêle à bois pour en récupérer un très bon sel. Nous ne pouvons pas vraiment faire comme eux même si l’idée nous a traversé l’esprit. Mais nous voulons au moins tester l’expérience avec une petite quantité. 250g de sel par litre. Ça pique la langue. Et toute la fontaine est recouverte de dépôt cristallin. Petit pot rempli, nous poursuivons notre chemin vers le Lac Ursus, lac thermal d’eau chaude salée. Faisons le tour !
Nous découvrons que l’endroit est investi par un grand complexe hôtelier qui a littéralement grillagé toute la berge pour empêcher la baignade hors de ses murs.

Quelques pontons étaient pourtant aménagés et il était d’usage de s’enduire de boue. Privatisé. Nous ne ferons pas le tour de ce grillage, partons. Plus haut, un autre lac salé est aménagé mais pas clôturé. Il sera notre refuge. Un grand ponton permet d’observer des nuées de têtards. Deuxième bonheur de la journée, allongé au dessus de l’eau, la main qui pêche et les cheveux qui trempent. 

Après la pêche, l’observation et le dessin. Après le dessin, le tour du lac. Troisième bonheur, un talus de fraises des bois. Parfait pour accompagner le riz au lait de chèvre qui nous attend au frais.

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