Dans l’enfer du volcan Etna

Dimanche 8 décembre 2019. J161. Sicile. La petite ascension de la face nord de l’Etna jusqu’aux cratères de 2002 fut un véritable enfer. Non pas que le volcan se soit mis en activité sur cette partie de son flanc, mais nos trois filles furent affreuses.

Réveil enthousiasme des parents. Nous sommes vraiment très heureux de pouvoir aller sur ce mythique volcan aujourd’hui. L’Etna a craché du feu toute la nuit, jusqu’à 5h du matin au moins. Ce matin, il s’est arrêté et un léger panache de fumée s’échappe du sommet. Nous voulons partir tôt car le soleil se couche tôt en ce moment. En accélérant le mouvement, nous arrivons à partir à 9h mais toutes les toilettes des filles ne sont pas terminées et Solène est encore en pyjama… Une fois que nous partirons en randonnée, elle acceptera de s’habiller parions-nous.

Nous avons une heure de route pour rejoindre la station de ski nord, à 1800 mètres d’altitude.

Ascension de l’Etna

Nous nous disons que si il y a le moindre danger, les routes et parkings du parc naturel de l’Etna seront fermés ou informeront les promeneurs. Et en ce beau dimanche, nous croisons beaucoup de Siciliens qui s’apprêtent à partir en randonnée à pied ou à vélo sur les flancs de leur volcan. La station n’est pas fermée, il n’y a pas de neige mais le parking commence à se remplir et les commerces installent leurs étals. Nous sommes donc à peu près certains qu’il n’y a pas de risques inconsidéré à venir se balader par ici même si au dessus de nos têtes, 1200 mètres plus haut, le volcan fume légèrement.

A pied vers les anciens cratères

Nous avons deux kilomètres à faire, sur une piste de montagne creusée dans une coulée de lave, pour atteindre trois petits cratères. Il fait très beau mais le vent est glacé. Bien habillé, ça ne pose pas de problème. Sauf pour Lison qui trouve cette température insupportable et ne cesse de chouiner. Elle traînera des pieds tout du long, râlant de plus belle car notre piste ne fait que monter, doucement, mais continuellement. Capucine est plus collaborative, au début. À l’heure fatadique où midi sonne alors que la pente s’intensifie, elle tapera des pieds sur les 200 derniers mètres en grognant toute sa colère. La faim, certes. Mais aussi la peur d’approcher ce cratère. Solène acceptera de s’habiller pour rester avec nous, mais refusera catégoriquement de marcher plus de 100 mètres, montant avec joie sur le dos de son Papa.

Nous, nous sommes vraiment agacés. Nous avons la chance d’être ici par un temps magnifique, les paysages sont sublimes, et nous nous trainons deux petits vulcains en éruption de mauvaise volonté. Il y a tant de choses merveilleuses à regarder. La pierre basaltique, très particulière, légère et aérée comme une meringue noire. Le sable de basalte qui craque sous les pieds comme si l’on marchait sur des céréales soufflées. L’Astragalus aculus, cette plante endémique qui forme de beaux coussins dorés posés sur la couverture de basalte noir. Le reflet orange du panache de l’Etna sur la neige du sommet. Les grondements sourds du volcan…

L’arrivée aux cratères calmera tout le monde. Les trois sont bien plus grands que ce que nous nous imaginions et la pente est impressionnante. Nous en faisons le tour, trois cratères les uns à côté des autres, qui ont produit la coulée de lave qui recouvre maintenant une partie de la station. Nous trouvons un replat à l’abri du vent pour pique-niquer rapidement car l’air est bien froid dès que l’on s’arrête de marcher.

Descente tout schuss

La descente se passe autrement. D’abord, il faut descendre du cratère forcé de sable de basalte. Ça glisse comme sur une dune alors Lison et moi, nous descendons en courant et en rigolant. Puis rapidement jusqu’à la station. Où nous retrouvons la chaleur de l’Emile-Pat et prenons notre dessert. 3 heures de randonnée, 4 km parcouru…

Cette ascension aura donc été un enfer pour nous. Chacune à leur manière nous aura épuisés. Mais si un enfant a un comportement inapproprié, c’est toujours qu’il y a une raison. Le soir, en reparlant de ce qu’il s’était passé, nous comprenons. Elles étaient, toutes les trois différemment, effrayées par cette excursion et les risques liés à l’approche du volcan, de ses cratères, d’une éruption soudaine et imprévisible… Mais sans arriver à identifier l’émotion ou à l’admettre. Ce matin, nous avions senti leurs peurs, mais sans être arrivés à l’accepter et la prendre réellement en charge. Nous avions évidemment appréhendé le risque lié à cette excursion et si nous la faisions, c’est qu’il était très limité. Nous, nous le savions et en étions sûrs. Elles, non.

Ce soir, nous dormirons encore avec notre nouveau pote fumant. Mais plus au nord cette fois-ci, après avoir parcouru une heure de route et gravi le massif montagneux du nord de la Sicile. Son panache de fumée s’est densifié. Et de nuit, nous distinguons que la couverture nuageuse devient rouge par moment au dessus du sommet. L’Etna érupte encore. Mais d’ici, nous ne voyons plus les crachats de lave.

Pendant le temps d’école, ce soir, Lison fera une grande fiche-découverte sur l’Etna, pleine de détails. Elle aura acquis beaucoup de connaissances aujourd’hui.

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