Helsinki, le design pantois

Helsinki, le design pantois

Samedi 25 juillet 2020. Il fait maintenant grand beau à Porkkala, tout au bout de notre péninsule enchantée. Et le bras de mer qui nous entoure est parfaitement calme. Nous allons enfin pouvoir ressortir le paddle ! Ni une ni deux, le petit-déjeuner est vite avalé et je laisse traînasser nos limaces pour m’échapper. Le temps de préparer la planche, Lison a enfilé sa combinaison et vient avec moi. Embarquons !

Je prends le bras de mer à contre courant et le remonte vers l’ouest. Des deux côtés, les rochers plongent dans l’eau et de maigres pins les surmontent. Des deux côtés, des cabanes, agréables petites maisons secondaires, sont planquées derrière la végétation. Toutes ont leur ponton et leur bateau. Et au milieu, quelques îlots de roches, domaine des oiseaux. L’ensemble est vraiment très beau. Avec Lison, nous faisons le tour de ces îles tout doucement pour observer les oiseaux. Les oies du Canada sont toujours aussi tranquilles. Une espèce de grèbe à la jolie huppe plonge sous l’eau, abandonnant ses deux petits à la surface qui se demandent bien où est passée Maman et que doivent-ils faire à notre approche. Nous les laissons. Plus loin, les goélands hurlent à bec déployé pour prévenir de notre présence. Ça va, on vous laisse.

Le tour de l’île est facile et nous arrivons à l’embouchure où les courants prennent une autre allure. Demi-tour. Le retour est facile, il n’y a qu’à se laisser porter. Au tour de Pierre. Je rentre et reprends mon rôle de Maman. Habiller mes enfants, ranger le linge,… Capucine a fait l’école comme tous les matins et souhaite maintenant rester jouer à l’intérieur avec Solène. Elle a une idée derrière l’oreille, impossible de la faire sortir dehors pour profiter du lieu. Solène suit l’exemple de sa sœur. Ha ces voyageuses en pantoufles… Lison, elle, est d’accord pour rester dehors, elle me propose de travailler ensemble sur son herbier. Quelle bonne idée. Nous nous installons sur l’une des quatre tables à disposition du coin, celle au soleil tout en haut du cailloux, et commençons par retrouver nos fleurs séchées de Transylvanie. Coller, identifier. Puis elle part ramasser les espèces d’ici, pin, épicéa, myrtille, genévrier et autres que nous identifierons quand Papa nous aura ramené le téléphone. Hop, tout est disposé dans le presse-papier, papillons sur les vis, nous serrons bien fort. À dans quelques jours.

Quand Pierre rentre le graillou est prêt, nous changeons de table pour une plus à l’ombre. De quel terminal part le ferry ce soir ? Il regarde le mail de réservation. « Céline, c’était hier le ferry. Nous l’avons loupé ». Je regarde, impossible, j’ai pris le retour pour aujourd’hui samedi, j’en suis sûre ! Non, Pierre est toujours prudent et précis, il a bien vérifié, notre bateau était hier soir. Un appel immédiatement à la compagnie, évidemment notre billet n’est pas modifiable, nous l’avons dans l’os. Pierre se charge lui-même de réserver une nouvelle traversée, j’ai honte de mon erreur. À la commande nous avions hésité entre le vendredi et le samedi, et j’étais revenue en arrière pour changer la date. Peut-être que ça ne l’avait pas bien pris, je n’ai pas dû vérifier. Je ne commanderai plus jamais de traversée, c’est terminé. D’ailleurs c’était notre dernière. Pierre, lui, ne m’en veut pas, ça ne sert à rien. Il fait équipe. Et puis si nous étions partis hier soir, nous n’aurions pas vu l’élan et nous ne serions pas là.

Retour à Helsinki

C’est donc avec une pincée de rancœur que nous quittons notre belle péninsule pour rejoindre la capitale. L’embarquement est à 20h30, nous avons le temps d’une balade en ville et d’une visite au musée du design comme prévu. Un incontournable à Helsinki. L’autoroute qui amène à la capitale saute d’îles en îles pour accéder directement au sud de la ville, cette implantation urbaine est impressionnante. Comme prévu depuis notre arrivée en Finlande, les stationnements sont gratuits le week-end et nous trouvons à nous garer le long du port sans difficulté. D’ailleurs la circulation dans cette ville est très faible, on dirait un dimanche matin. Le long du port, une promenade coure. Beaucoup s’y baladent et profitent du soleil. C’est très agréable. Au bout, nous bifurquons à gauche pour pénétrer la ville entre de hauts bâtiments néoclassiques et art-déco. Par ici, la ville est déserte. Les boutiques sont fermées, nous sommes un samedi 16h30, que ce passe-t-il ? Apparemment, les commerces ferment habituellement à 16h. Surprenant. Juste quelques terrasses ensoleillées et quelques parcs d’enfants rassemblent les habitants. Est-ce comme ça tout le temps ?

Le musée du design

Le musée du Design est un immanquable à faire à Helsinki. Le pays possède une longue tradition dans le domaine de la conception, à partir de bois initialement, puis explorant tous les matériaux. Fondé en 1873, il est installé dans un très beau bâtiment au style néogothique. À l’intérieur, plusieurs designers sont présentés à travers quelques unes de leurs œuvres et de leur démarche créative. Dans nombre de cas, il s’agit d’artistes scandinaves en exil qui se sont inspirés de leur voyage pour étudier l’artisanat et les modes de vie des pays découverts, et créer des objets au design innovant.

Depuis plusieurs jour, Lison me demande ce qu’est le design. Elle n’arrive pas à comprendre le concept. Pourquoi s’embêter autant pour réaliser des objets du quotidien. Dans son cerveau, l’art est inutile et l’usuel n’est pas beau. Elle est très intéressée par la démarche mais cherche toujours à comprendre pourquoi s’embêter autant, voyager, étudier un pays, une culture, pour au final fabriquer un guéridon. Avec Capucine, nous nous asseyons devant un diaporama qui explique tout le travail réalisé pour créer la police de caractère qui est venue moderniser le métro de Moscou. Tout ça pour ça ! Les filles sont impressionnées par le travail engagé, juste pour écrire le nom des stations. Le rapport énergie dépensée/utilité sociétale laisse pantois.

Dans l’autre partie de l’exposition, plusieurs objets usuels, les téléphones Nokia par exemple, une création finlandaise. Le vase d’Alvar Aalto, en forme de tâche. Un lavabo. Une chaise longue pour travailler à l’ordinateur. Et la fameuse baby box finlandaises, cette boîte en carton offerte par le gouvernement à tous les nouveaux-nés, contenant le minimum matériel nécessaire à leur début de vie, la boîte faisant office de berceau. La baby box a été créée en 1938, à une époque où le gouvernement cherchait à lutter contre la mortalité infantile dans les foyers les plus modestes. Coup de pouce matériel, fonctionnel et égalitaire. Aujourd’hui, 95 % des 40 000 finlandaises qui attendent un bébé choisissent de recevoir la fameuse boîte plutôt qu’une aide financière. Et dedans, des couches lavables, évidemment !

Mais le musée ferme déjà, nous y serons restés jusqu’à la fin. Et même revenus une fois les portes closes, Capucine ayant laissé son carnet de dessin à l’intérieur. Nous avons trouvé la sortie du personnel et avons pu récupérer le précieux cahier. Ouf. Retour au port de plaisance, pour rejoindre l’autre port, celui des ferries. Nous ne le louperons pas cette fois. Dans la file d’attente, nous dînons alors que la sécurité passe nous couper le gaz. Et mes œufs à la coque ! L’ambiance familiale est à la rigolade. Maman est malheureuse de quitter le pays et rageuse de ne même pas avoir pu cuire son oeuf. Pierre en rigole et nous nous moquons gentiment les uns des autres pour tromper la tristesse du départ. La Finlande a un goût de trop peu, j’en aurais bien fait tout le tour comme prévu un moment, je serais finalement bien allée explorer les steppes désertiques du grand nord et rencontrer le mystérieux peuple Sami, celui capable de vivre tout un hiver dans le froid et sans soleil. Ce pays est une découverte autant qu’un immense coup de cœur.

Et pendant que je rattrape mon retard d’écriture en regardant la mer, chacun vaque à ses activités. Lison lit passionnément. Solène écrit en roumain en suivant des pointillés, tout aussi passionnément. Capucine et Pierre travaillent sur un nouveau projet : créer un jeu de sept familles avec les photos de notre voyage. Pour l’instant, Capucine a déjà fait la liste des photos qu’il lui faut. Ensemble, ils explorent les archives pour les retrouver et les rassembler. Plongés dans nos souvenirs. À 22h le soleil se couche sur notre droite. À 22h30 nous débarquons et retrouvons notre petit parking au centre ville de Tallinn.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *