Nuit au milieu de la méditerranée

Vendredi 22 novembre 2019. J145. Espagne, Barcelone. 20h30, nous arrivons à l’heure prévue au port de Barcelone pour embarquer vers Porto-Torres en Sardaigne. Nous avons roulé tout l’après-midi sous la pluie, fait les services, les courses,… Nous sommes soulagés d’arriver.

À l’entrée de l’embarcadère de la compagnie Grimaldi, une foule de véhicules de toutes sortes se serrent dans tous les recoins. Elles sont toutes remplies à craquer de bazar non-identifiable, à l’intérieur et sur leurs toits. Les filles n’en croient pas leurs yeux. Ce n’est pas la première fois que nous prenons le ferry et elles n’avaient jamais vu ça. “Ils vont au “bled”, j’essaie de leur expliquer. Mais je ne me doutais pas que la Sardaigne aussi était un “bled”. Nous, franchement, nous nous sentons complètement paumés.

Habituellement en Grande Bretagne, nous étions accueillis par de grands panneaux lumineux, les informations étaient claires, et une personne au guichet nous accueillait. Ici, rien. Nous nous enganons dans un passage sans issue. Nous sommes plantés. À côté, un véhicule est immatriculé français (34). Je descends lui demander. “Vous allez à Tanger ?” me demande-t-il ? Je comprends mieux. Il a l’air habitué. Il me dit de passer ce guichet sans guichetier et de trouver un agent en blouse fluo dans le parking d’à côté. C’était la bonne solution. Un espagnol fluo et sympa nous interpelle.” Où allez-vous companeros ?” Nous sommes au bon endroit. Il n’y a plus qu’à attendre. Nous allons au guichet passagers piétons pour nous enregistrer. Nous sommes 5 et avons 4 cabines différentes. L’hôtesse me dit qu’il me faudra régler ça à la réception du bateau.

Embarquement ?

Un repas frugal. Nous faisons nos sacs. Attendons. Solène s’endort avec moi dans mon lit. L’embarquement devait terminer à 21h. Il est 21h30. 22h. 22h30. Le sympathique agent fluo revient nous voir. Il y a des grévistes, l’embarquement aura du retard, nous pouvons embarquer les enfants pour les coucher dans la cabine. Pierre restera au camion pour l’embarquer. Vers deux heures du matin nous annonce l’agent fluo. Nous ne sommes plus chez les british.

Nous attachons Solène endormi dans le sac à bébé, sur mon ventre, ça ne la réveille même pas. Les filles prennent nos petits sac et nous partons à pied. Il pleut toujours. À la réception, l’hôtesse nous trouve une cabine pour nous tous. Il n’y a plus qu’à la trouver… dans un véritable labyrinthe de couloirs sans indication efficace. Une vraie galère à 23h avec trois enfants. Nous trouvons. La cabine contient 4 lits et une salle d’eau. Elle fait la même taille que l’Emile-Pat. Maintenant que nous pouvons enfin nous coucher, Solène n’a plus sommeil. Et Capucine est prise d’une irrépressible envie de parler.

Lison, elle, a fondu sous la douche chaude et s’est effondrée dans son lit. 1/3.
Capucine ne tarde finalement pas à s’endormir. 2/3.
Reste mon lardon qui gigote dans mon lit. Elle est inquiète, impossible de l’endormir. Je finis par comprendre qu’elle n’a rien compris de ce qu’il s’était passé. Pourquoi Papa n’est plus avec nous ? Et pourquoi nous n’avons pas embarqué l’Emile-Pat ? J’essaie de la rassurer. Mais je n’arrive toujours pas à l’endormir. Alors je lui compte les moutons qui sautent au dessus de la clôture. Elle adore compter en ce moment. Hé bien vous savez quoi, ça l’endort ! 3/3.

Je peux dormir ! Non, sans nouvelles de Pierre, en fait, je ne peux pas vraiment dormir tranquillement.

Embarquement !

Samedi 23 novembre 2019. J146. 2h15. Le moteur du bateau a démarré. Pas de nouvelles de Pierre. Un texto. Il cherche la cabine… Après trois tours de pont et à se retrouver au même endroit sans trouver la cabine, il a bien failli s’endormir là par terre dans le couloir. Lui aussi, de son côté, ça a été galère pour l’embarquement. Surtout à cause du manque de personnel pour ranger les 3 kilomètres de véhicules. Des camions sont rentrés en marche avant, les agents fluo ont hurlé, les camions on du ressortir pour re-rentrer en marche arrière… Bref. Il est 2h30, nous pouvons dormir.

7h. “Maman, j’ai faim”. “Moi aussi !”. “Et moi aussi Maman…” “OK, les filles, habillez-vous, on va déjeuner”. “Mais Maman, j’ai pas de chaussures !”… Oui, dans le bazar d’hier soir, On a pris Solène dans le sac à bébé, sans ses chaussures. “Le bateau, c’est comme une maison tu sais ma chérie, il n’y a pas vraiment besoin de chaussures.” Elle passera donc la journée entière en chaussettes, et en chaussettes blanches de surcroît… n’imaginez même pas leur couleur le soir. Nous avions pris nos petites réserves dans notre sac pour notre petit déjeuner. Heureusement, parce qu’à cette heure, la cafétéria est carrément fermée. Nous trouvons un bar où nous pouvons nous installer. Quelques bonhommes dorment encore sur les banquettes. Et on ne voit pas la mer. Ce n’est pas tout à fait un charmant endroit.

8h30. Pierre prend ma relève. Je vais me recoucher. Initialement, le ferry devait arriver à Porto Torres pour 11h. Maintenant, il est annoncé pour 15h… Il n’y a plus qu’à attendre.

L’école autrement sur le ferry

Faire l’école. Lison n’a pas pris ses cahiers. Il n’y avait plus de place dans son petit sac. Et Capucine n’a pas envie… C’est nul, on n’avait justement que ça à faire aujourd’hui. Je ne veux pas ni les forcer, ni les contraindre. Comment leur donner envie ? À Lison je propose d’écrire une fiche lecture à l’ordinateur, puisque nous avons du courant à profusion pour une fois. Gagné. Une heure de travail pour Lison. Résumer un livre, recopier le texte sans fautes, apprendre à écrire avec un clavier. Et en prime, ça donne envie à Capucine de faire de même, complètement seule. Et la géométrie de Capucine ? Je tente : “Lison, as-tu envie que Capucine te fasse un cours de géométrie ?” Évidemment Lison saute de joie. Capucine est d’accord. J’ai gagné. Expliquer la leçon de symétrie et les exercices, corriger sa sœur. Elles ont bien travaillé. Avec Solène, nous cherchons et entourons les “L” dans le magazine de la compagnie. Et nous jouons aussi. Des heures avec le Défi Nature, un jeu de carte sur les animaux. Avec tout ça, je n’arrive pas du tout à avancer sur l’écriture du blog comme je me l’étais prévu. Mais être disponible pour ses enfants est plus important, j’y prends beaucoup de plaisir.

Pendant que nous nous occupons, Pierre nous a complètement abandonné. Le temps n’est pas très bon et le navire tangue sacrément. Pierre est blanchâtre. Il préfère rester seul et allongé dans la cabine en attendant que ça passe. D’ailleurs, le personnel de bord a déposé partout des sac à vomi… Et moi, j’ai maintenant mes enfants qui jouent à l’école d’équitation : Capucine, au centre du manège, fait tourner ses chevaux de corrida sur un cercle de simili-marbre dessiné au sol. Sûre que quelqu’un va finir par vomir… Ha bah voilà. Une Mamie s’installe sur notre banquette avec son petit sac rempli. C’est quand qu’on arrive !!!

13h. “Maman, j’ai faim”. Oui, forcément elle a faim. Nous avions pris du petit déjeuner, mais pas de pique nique. Je fais le tour de mes sacs, trouve encore quelques trucs à grignoter. Ça tiendra. 14h30. On voit la Sardaigne ! Ouf. Pendant tout le trajet, à cause du mauvais temps, on n’a pas pu sortir sur le pont extérieur et on n’a fait que regarder de loin la mer, à travers les grands hublots. On n’en a pas vraiment profité. Voir l’île et ses montagnes est excitant. Enfin nous arrivons ! À nous la Sardaigne ! “J’ai vraiment faim Maman”. Allez, on arrive bientôt, courage. Je fais tout de même le tour des restaurants. Le premier est hors de prix. Le buffet de la cafétéria n’est vraiment pas ragoûtant. Et les sandwichs industriels de notre bar sont à 4€50 l’unité ! “Allez Capucine, pense au bon pain, au bon fromage, au bon jambon que l’on a dans l’Emile-Pat, on y est bientôt !” Elle tient. 15h15.

Nous pouvons enfin retrouver notre petite maison chérie d’amour avec son frigidaire tout plein. “Pouarh, c’est quoi cette odeur ?!!!” Sur le pont des camions, au moins deux immenses bétaillères à cochons sont stationnés à côté de nous. Nous saluons les groins roses curieux de notre passage, mais nous ne nous attardons pas.

“Entrez vite et fermez la porte ! Ouf, sauvés. Alors, qu’à-t-on de bon ? Un bon manchego, du jambon ibérique, des raisins, des clémentines, de la grenade,… et tiens, si on s’ouvrait une boîte de rillettes de canard de Julie et Filipe ? Hummm” Nous avions besoin de réconfort.

Porto Torres

Nous sommes en Sardaigne, nous y sommes arrivés ! Joie ! Bon, maintenant, il nous faut trouver une bouteille de gaz et son adaptateur. Rabat-joie. Pierre étudie le problème depuis plusieurs années, et pour l’Italie, il n’a pas d’informations claire. Park4night recommande un vendeur de gaz juste à côté. Allons-y. Dans une petite boutique au milieu de l’artère commerçante de Porto Torres un homme regarde un match de foot à l’écran de son ordinateur. L’homme, sans parler un seul mot ni français, ni anglais, ni espagnol, les trois seules langues que nous connaissons, prend le temps de nous aider et trouve la solution. Une petite bouteille, la taille normale ne rentre pas, et l’un des adaptateurs que Pierre avait acheté à l’avance “au cas où” fonctionne. Alléluia, c’était cent fois plus facile qu’en Espagne !

Nous sommes tous fatigués. Lison s’est même endormie dans son siège auto, c’est la première fois que ça lui arrive du voyage. À table, elle se traîne pour manger ses pauvres pâtes. Mais une fois avalées, les batteries sont rechargées. Lison s’est regonflée. Elle nous fait maintenant tout un sketch en parlant un langage imaginaire avec Solène. Ensemble, elles sont bluffantes de réalisme. Nous sommes épuisés.

Après le repas, Lison s’occupe de coucher Solène et de lui lire une histoire. Au loin, nous entendons qu’elle lui fait un cours de lettres. “Tu n’a pas assez bien étudié ton L, c’est une lettre importante, on la reverra demain”. Nous sommes épuisés.

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Une réponse à “Nuit au milieu de la méditerranée”

  1. Avatar de Jean-Marie V
    Jean-Marie V

    Bonjour,
    J’ai bien aimé votre récit encore cette fois …
    J’ai fait escale en Sardaigne, en ayant appareillé de Séte pour la Sicile, mais nous n’avons pas débarqués.
    Je suis impatient de lire la suite, peut-être avant les fêtes que je vais passer en Aveyron que vous connaissez bien.
    À bientôt, profitez bien de votre séjour en Sardaigne, bonnes fêtes de fin de fins d’année.
    Jean-Marie .

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