Les survivants du voyage en temps de pandémie

Les survivants du voyage en temps de pandémie

Dimanche 28 juin 2020. Nos amis arriverons dans la matinée, Séverine me le confirme ce matin. Les filles ne le savent pas et le programme de cette journée ne les fait pas rêver. Ravitaillement en eau potable, école au village de Białowieża (pour capter internet et faire l’école avec Lumni pour Capucine) et randonnée. Nous partons de notre spot forestier pour rejoindre un autre parking où Park4night nous promet de l’eau. Bidon à la main, les parents partent explorer l’endroit et laissent les filles à l’intérieur, elles préparent déjà un jeu de Bingo. Pas de robinet sur le parking, nous demandons à l’accueil du zoo local, réponse négative. Nous rentrons bredouille quand nous voyons Lison arriver en courant : « Maman, vient vite, Solène s’est transformée en monstre ». Je force le pas. Dans l’Emile-Pat, je trouve Capucine en panique et en sueur, réfugiée dans notre lit en hauteur. Et Solène en boule sur la banquette. « Maman, Solène n’arrête pas de me taper et elle a cassé tout mon jeu, et j’ai essayé de la retenir, et elle me tape, et… ». J’attrape mon monstre subitement transformé en chamalow tout doux, je la mets dehors et je l’enlace dans mes bras pour me connecter à elle avant de lui parler. Solène a développé ses capacités motrices en voyage, et sa force aussi. Maintenant qu’elle est capable de rivaliser avec ses grandes sœurs, elle se sert de son nouveau pouvoir pour se mesurer à elles et se défendre quand elle est contrariée. Ce n’est pas la première fois qu’elle agit de la sorte. Je tente de lui faire mesurer le mal qu’elle a fait à Capucine, elle me serre dans les bras et puis retourne à la maison pour serrer sa sœur dans les bras. Pardon. Nous sommes partis en voyage avec un bébé et deux grandes sœurs, nous sommes maintenant face à une fratrie de trois filles qui rivalisent les unes avec les autres. Puis c’est ma Capucine qu’il faut réconforter d’un gros câlin, elle qui prend le rôle de maman parfois, elle est toute secouée.

L’incident clos, direction le village pour faire l’école et accessoirement trouver de l’eau potable. Branchée à son replay, écouteurs dans les oreilles, Capucine reprend sa place de grande et s’isole dans son lit. Lison se force à faire ses maths malgré l’envie de jouer. Solène, en face d’elle, joue tranquillement. Et Pierre revient rapidement avec notre gros bidon plein, ouf ! Les hôtesses d’accueil du parc naturel ont accepté de le lui remplir. Un peu de blog, et nous repartons de Bialowieza. J’ai repéré un endroit joli, au bord de la prairie qui longe la rivière et nous donnons rendez-vous à nos amis ici.

Ce spot est magnifique. Un immense tapis d’herbes hautes et fleuries que nous pouvons observer du haut d’une tour. Un message de Michel, le Papa des @5abord : « Mais, vous vous êtes retrouvés ?! – Pas encore Michel, mais d’ici quelques minutes oui ! ». Ce coquin nous suit à la trace grâce à notre géo-localisation sur l’application Polarsteps et il a bien remarqué que nos routes, avec les Vert Vanlife, se rejoignent franchement à Bialowieza. Depuis son restaurant en Alsace, il continue à voyager par procuration avec nous car eux, ne repartiront pas immédiatement en voyage.

Et le petit-gros van vert ne tarde pas à arriver. Hourra ! Nous y sommes arrivés ! Nous nous étions séparés en février, à Thessalonique, en Grèce, avec les @5abord et un itinéraire temporairement un peu différent, mais avec la ferme intention de faire recroiser nos chemins. « RDV en mai en Finlande ! », s’était-on promis en rigolant. La pandémie passant par là, nos trois voyages ont pris un tournant indésiré. Les ambassades appelant tous leurs ressortissants à rentrer en France, nous avons fait le choix de rester en voyage et d’attendre que l’orage passe. Chacun de notre côté, nous avons vaincu le confinement et retrouvé notre si précieuse liberté. Nous sommes des survivor du voyage en temps de pandémie ! Et nous sommes bien heureux de nous retrouver… enfin !

Lison et Solène, du haut de leur tour, ont vu arriver le petit-gros van vert klaxonnant et sont descendues en courant. Capucine, elle, avait capté un message de Séverine sur mon téléphone et gardait la surprise avec nous, toute excitée. Baba, le chien, nous saute dessus dès l’ouverture du van, elle a doublé de taille depuis quatre mois. Tom et Margot se branchent immédiatement à leurs amis et la tribu reformée se planque entre l’Emile-Pat et les herbes hautes. Tapis, coussins, légos, ils disparaissent de la vue des parents. Benjamin déploie sa mini table d’apéro et ouvre quelques bières. Enfin des amis pour discuter ! Nous avons tellement de choses à nous raconter. Verres à la main. Une photo. Un message aux @5abord. Tchin les amis !

Le repas fut long en discussions. Et pendant que l’on parle, Séverine nous a cuisiné une tarte aux fraises, carrément, dans son petit-gros van vert. Au programme, une balade en forêt évidemment, une énième pour nous. 2,7 kilomètres de passerelles avec interdiction d’en descendre, c’est comme ça ici. Les enfants ne marchent pas, ils courent. Ils courent 2,7 kilomètres à l’aller, puis 2,7 kilomètres au retour. Infatigables. Même Solène qui ne lâche pas les grands d’une semelle et continue les expérimentations de sa nouvelle force. Elle rugit, fait la lionne et montre les dents de bonheur. Lison s’est collée à Tom. Ils ont un an d’écart seulement et s’entendent à merveille. Et Capucine ? Elle alterne entre faire la grande parmi les petits, et faire la grande avec les adultes, écoutant très attentivement toutes les conservations et se plaisant à y prendre part. Cette balade en forêt est ressourçante pour nos amis qui ont beaucoup roulé pour nous rattraper. C’est l’occasion d’échanger nos connaissances sur les essences d’arbres et des plantes comestibles. Que les conversations sont intéressantes avec des adultes !

Pour ce soir, nous espérons trouver un spot en forêt. Ici, nous sommes trop près de la route. Les enfants reprennent leurs habitudes d’échange de véhicules, et nous partons explorer les pistes jusqu’à un park4night qui paraît idéal, très bien noté, un parking de départ de randonnée à la limite de la zone protégée, grande prairie au milieu d’arbres hauts. Idyllique. Mais interdit. Un nouveau petit panneau est punaisé et traduit en anglais, c’est très clair, le camping est interdit, « même pour les vans ». Déception. À un kilomètre de là, il y a un poste d’observation des bisons. Alors nous décidons de rester un peu, les enfants jouent, les parents prennent un grignotage et nous repartons pour deux kilomètres de marche pour aller voir des bisons bien planqués. Évidemment, comment voulez-vous approcher discrètement des animaux sauvages avec une tribu de cinq mômes ? A défaut de bisons, nous discuterons avec un couple de polonais et nous verrons un beau paysage de steppe herbeuse. Et c’est toujours aussi beau.

Re-changement de spot, un bord de lac, encore vingt minutes plus au nord. Nous avons définitivement quitté la forêt de Bialowieza, mais pas les moustiques. Un repas rapide, une veillée courte. Enfin, courte pour les mamans qui couchent les enfants. Les deux pères profitent d’avoir retrouvé un alter-ego pour pouvoir finir la bouteille de rouge slovaque.

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