Tous nos voeux de bon voyage

Tous nos voeux de bon voyage

Samedi 30 mai 2020. Transylvanie, Roumanie. Voilà nos deux derniers jours à Firtușu, alors il s’agit de bien en profiter. Après l’école, Pierre et moi avons très envie de retourner nous promener dans la montagne. Il a tellement plu ces jours derniers, qu’il doit bien y avoir quelques champignons. Et j’aimerais cueillir de nouveau quelques pousses de sapin car en sirop ou en confiture, c’est vraiment très bon. Les filles n’ont pas envie, elles n’ont même pas envie de sortir dehors, elles sont trop bien à l’intérieur et ont le projet de jouer aux légos. Elles nous demandent donc d’aller chercher leurs copines pour les inviter à les rejoindre. Nous sommes d’accord. Les deux fratries sont très sages ensemble, nous ne craignions pas de les laisser seules. Nous partons.

En chemin, aubépines, camomille, orties,… Une vesse de loup, quelques mousserons. Des pousses de sapin et plus loin, un arbre tombé, retenu à l’oblique par d’autres. Pierre voit qu’en grimpant un peu, comme sur un escalier, quelques fleurs de sapin sont accessibles. Quelle chance ! Il monte facilement et remplit ses poches. Bertha est enchantée, c’est tellement rare d’arriver à en cueillir !

Les filles ont bien joué ensemble. Au premier rayon de soleil, Chila et Lenka ont sorti leur petit bateau pneumatique pour naviguer dans la mare. Sages ? Oui, tout est sous contrôle. Bertha travaille à côté dans son potager et a gardé un œil sur la troupe. Ses enfants connaissent les règles et la ferme, et ça les rend autonomes et libres. Nous les retrouvons sagement en train de colorier une grande affiche ensemble.

Au menu ce soir : risotto aux orties et aux champignons, salade et roquette.

Dimanche 31 mai. Dernier jour à Firtușu, jour de fête. Bertha et Feri aiment à faire revivre tout au long de l’année d’anciennes traditions hongroises. Aujourd’hui, c’est leur fête préférée. Les enfants s’habillent de jolies robes, confectionnent des couronnes de fleurs sauvages et remplissent quelques paniers de pétales et fleurs sans tige. Nous les rejoignons rapidement, couronnes sur la tête, et nous partons ensemble faire le tour du « quartier » pour semer des vœux de joie, de santé, de bonnes récoltes, ou de bon voyage !

C’est une très belle coutume, pleine de poésie, qui ressemble un peu à Midsummer en Scandinavie, que nous ne verrons pas. Notre maison nomade est maintenant chargée de petites fleurs et bonnes ondes pour reprendre le voyage demain. Nous y serons arrivés, ce méchant virus ne nous aura pas totalement vaincus. Et peut-être même au contraire, nous repartirons remplis d’inoubliables souvenirs. Merci Snagov. Merci Firtușu. Demain, à nous la liberté !

L’après-midi se déroulera à l’abri dans leur cabane, à cuisiner ensemble, parler, peindre, chanter, danser… Comme si nous vivions en voisin depuis toujours.

Lundi 1er juin. Le mois de juin que j’affectionne tant arrive comme un beau cadeau. Notre voyage reprend, nous nous sentons libres enfin, et surtout légers. Plus d’attestations, plus de limites de distances, plus de peur des contrôles de police… Nous allons aller où nous voulons, quand nous voulons !

…Oui, juste après être sortis de ce champ. Il a plu toute la semaine et toute la nuit, l’herbe est détrempée et la petite montée derrière l’Emile-Pat, juste là où nos passages ont fait apparaître un petite bosse boueuse, nous inquiète. D’abord, il nous faut pouvoir reculer en montée pour pouvoir faire demi-tour, puis il faut arriver à redescendre jusqu’à la route sans trop glisser dans les aubépines. Pierre est confiant. Moi, ça m’inquiète. Après le petit-déjeuner, les filles de Bertha et Feri viennent jouer chez nous, le temps que nous remettions tout en place pour le départ. C’est qu’en étant immobiles, on s’étale un peu… Tout ranger, tout bien caler, il faut que ça rentre. Lenka est venue avec un gros saladier de légumes fraîchement cueillis et une bouteille de lait de chèvre. Nous ne pouvions pas imaginer meilleur cadeau de départ.

Et puis le temps de se dire au revoir arrive. Nous avons été touchés par cette rencontre, cette famille si inspirante. Bertha et Feri ont fait un choix de vie qui peut ressembler à un rêve. Mais nous ne sommes pas dupes, les hivers sont longs et froids en Transylvanie, en témoigne l’énorme four qui trône au centre de la maison. La cuisine au feu de bois tous les jours, sans frigidaire, les toilettes exclusivement extérieures, et leurs petits revenus, uniquement issus de la vente des instruments de musique que fabrique Feri, leur rend la vie rude. C’est un choix de vie. Un compromis. Une vie faite de débrouille, d’ingéniosité, d’intelligence dans leur innombrables capacités à faire eux-même, d’entraide aussi avec leurs amis et voisins. Une vie où leurs enfants ont pu grandir aux côtés de leurs parents, et en communion avec la nature. Nous aussi, nous leur souhaitons de pouvoir réaliser leurs rêves de voyages, un jour.

Lison a déjà prévu de revenir en Roumanie un jour, revoir Laura, Gaël et Béatrice, et revenir à Firtos pour apprendre ces savoir-faire traditionnels que Bertha aime tant. Les adieux ne sont qu’un au-revoir.

Moteur allumé, marche arrière, le gros Émile-Pat se réveille et ne fait qu’une bouchée de cette petite pente mouillée. Toutes les filles, sorties dehors pour alléger l’engin, lui courent derrière sous la pluie. La piste qui relie le village aux villes est en bon état. Nous rangeons les cales, une dernière photo de groupe, attachons les ceintures des enfants, vérifions que tous les placards soient bien fermés. Nous sommes prêts au décollage !

Commentaires

  1. Jeje a dit :

    Vous entretenez le suspens ! Vers où avez-vous mis le cap ???

  2. creusoise a dit :

    bonne route !
    bonnes découvertes !
    bonnes retrouvailles « en famille  » car ça fait un moment que vous n’êtes pas seuls

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