Velika Planina, la montagne géniale

Velika Planina, la montagne géniale

Mercredi 18 août 2021. Žaga, Slovénie. Ha la montagne ! Les Alpes ! Que j’aime ça ! Que ça fait du bien de marcher dans ces hauts pâturages, de respirer cet air vif, de voir loin, si loin ! Quand on demande à Google de nous traduire Velika Planina, il nous dit « Montagne géniale ». J’adore ! En réalité, les Slovène utilisent le mot « velika » pour dire « grand ». Mais cette traduction me plaît mieux.

Ce matin nous avons quitté Pierre de bonne heure comme d’habitude pour nous engager sur la piste qui monte doucement à Velika Planina. Sept kilomètres minimum sont au programme, nous avons la journée entière, nous avons le temps de les déguster. Bon, faut avouer que les filles aimaient bien les journées précédentes à ne rien faire. Elles n’ont pas démarré avec un grand enthousiasme. Mais elles connaissent leur Maman, elles savent qu’aujourd’hui il est peine perdue de négocier quoi que ce soit. Les couleurs dans le sac à dos, nous commençons l’ascension tout doucement. Je leur ai dit qu’on avait du temps, elles ne tardent pas à demander une pause. Ça ne fait pas trente minutes que nous marchons. Le paysage est si beau. Accordée. Un croquis rapide. Des couleurs sur les montagnes. Il faut attendre que ça sèche entre chaque couche. Nous avons le temps. Elles, rouvrent leur atelier de baguettes magiques. 

Ce seront deux veaux qui viendront nous déloger. Pas farouches, ils sont venus vérifier l’un après l’autre ce que l’on avait pris à grignoter. Au cas où on les laisserait se servir. Nous sommes un peu gênées, leur mère n’est pas loin et nous savons comme une vache peut être mauvaise quand on fait mine de s’en prendre à son petit. Peureuses, nous déguerpissons. Notre sac est repeint de bave de bovin.

Nous arrivons donc enfin au premier village installé sur ce haut plateau. Village de maisonnettes de bois, toutes protégées par des barrières de vaches paissant librement. Même les quelques voitures qui ont le droit de monter jusque là sont parquées dans leurs enclos. Ici, c’est le pays des vaches. Nous sommes dans les Alpes Kamniques, sur un haut plateau qui culmine entre 1500 et 1666 m d’altitude. Après Gojka Planina, nous arrivons à Velika. Il y a plusieurs petits villages comme cela, tous faits de chalets à l’architecture typique. Forme ovale et toits couverts de bardeaux en bois qui descendent jusqu’au sol. Chalets de bergers à l’origine, aujourd’hui il semble n’y avoir qu’un troupeau par village car chacun est séparé par des clôtures franchissable pour les randonneurs. Les 140 chalets du plateau semblent avoir pris toute autre destination : gîtes, maisons secondaires, locations estivales et quelques restaurants. D’ailleurs, ces petits restaurants de montagne sont recommandés. Pour assurer, j’avais pris de quoi nourrir mes moineaux, mais puisque celui-ci est ouvert, et que de surcroît les gens font la queue pour s’y installer, allons-y, ce doit être une bonne adresse. 

Spécialités culinaires locales

Pendant que nous patientons dans la file d’attente, nous observons en terrasse les marcheurs se sustanter tranquillement avec le menu unique semble-t-il, tout étant écrit en slovène non traduit, un bol de quelque chose ressemblant à du flan et un bol d’autre chose, selon nous des céréales, comme des crunchy, saupoudré de quelques fruits sec concassés. Certains ont une assiette de fromage en plus. Sur des tables en bois, avec des cuillères en bois, devant une vue magnifique. Le moment s’annonce délicieux. Puis vient notre tour, nous commandons « the same » en montrant du doigt les voisins. One ? Me demande-t-il. Yes. Vu la capacité de mes filles à manger de nouvelles choses, une portion suffit et j’ai mes petits compléments dans le sac. Le seul serveur prépare notre plateau dans une cuisine en bois, devant nos yeux curieux, et nous sert. 17€. Les prix ne sont pas donnés pour deux bols et quelques bouts de fromage. Mais cela semble être fait maison voir certainement avec le lait des troupeaux du coin. Les filles ont déjà choisi notre table et nous nous ruons sur notre graillou. À la tête de Capucine, il y a un problème. « Maman, c’est pas du flan, on dirait du lait caillé mais c’est dégueu, c’est périmé ». Je goûte. Franchement oui ce n’est pas bon. C’est du caillé salé. Légèrement fleuri à la surface. Rien à voir avec ce que l’on connaît. Et absolument immangeable. Nous regardons autour de nous, tout le monde déguste ça sans grimacer. Nous essayons de faire pareil, mais non, vraiment ce n’est pas bon. Voyons si mélangé aux crunchy ça passe mieux ? Ce second bol non plus n’est pas du tout ce à quoi nous nous attendions. Des espèces de boulettes de pâte à crumble pas cuites. Molles. Au goût salé, voir gras. Agrémenté de morceaux de couenne de porc. De la farine mélangée à une matière grasse odorante. Pas du beurre non. Peut-être la crème du lait ? Le gras de la couenne cuite ? Ou quelque chose qui a presque le goût de ragoût de viande réutilisé. Immangeable également. Même les deux mélangés ensemble. Tout le monde goûte pour ce faire son avis. Fou rire garanti. 

Heureusement, il nous reste les morceaux de fromage qui sont sommes toutes délicieux, mais servis sans pain. Heureusement bis, j’ai du pain dans mon sac, et même quelques bouts de sprût, le jambon séché local. Le pique-nique est sauvé. Sincèrement, je n’ai pas l’habitude de quitter un restaurant en laissant mes assiettes pleines et cela me gêne vraiment. Nous regrettons de ne pas avoir Papa avec nous pour partager ce moment gênant et tellement amusant. Nous sommes sûres qu’il aurait aimé. Il nous faut trouver un moyen pour lui rapporter le contenu de nos deux bols. Second fou rire. Pour cette pâte pas cuite, j’ai un petit sac en plastique alimentaire qu’il me suffit de vider. Nous transformons les grumeaux en grosse boule et l’affaire est dans le sac. Pour le caillé… Idée. J’ai dans mon sac une petite boîte en plastique de « salade française » comme on dit ici, une Macédoine de légumes comme on dit en France. C’est Niki qui m’avait fait découvrir ça. Il nous faut la manger et récupérer la boîte qui semble hermétique. Je distribue son contenu aux filles qui font la grimace, celle-ci est bien moins bonne que celle de Niki. Pas le choix, on doit la manger et c’est tout de même moins pire que ce caillé-salé-fleuri. J’essuie la sauce avec du pain et l’affaire est dans la boîte. Nous gardons deux tranches de fromage aussi. Hâte de voir la tête de Papa ce soir. 

Le chemin du retour est tout aussi beau que celui de l’aller. Un passage à l’église Notre-Dame-des-neiges. Une caresse à un tout petit veau peu peureux. Nous poursuivons à travers les pâtures et les grands sapins. Il fait frais. 

16h30, nous sommes de retour au camping-car, juste à temps pour croiser Pierre. Il a fini le travail et se prépare pour faire l’ascension à son tour. Et à son rythme. Nous lui réservons notre surprise pour ce soir. Je le brieffe sur l’itinéraire et il part. Nous, nous nous blotissons au chaud dans l’Emile-Pat pour un gros goûter. Lait chaud et gâteau à la banane. Basile lui a passé une journée comme toutes les autres. Sorti le matin pour explorer, il est rentré dormir à l’intérieur toute la journée et ressortira avec les filles après le goûter. Finalement, qu’on l’enferme pour aller visiter ou qu’on le laisse libre ne change rien. C’est encore un chaton, il a besoin de beaucoup dormir. 

18h30, Pierre est de retour. Il a fait en deux heures ce que nous avons fait en sept heures. Normal. Nous avons préparé le camping car et nous sommes prêtes à partir. Ce soir, nous dormirons à Ljubljana pour pouvoir profiter de la ville demain. Plus question de ne pas organiser son lendemain. Une petite heure de route. Nous retrouvons notre spot de l’an dernier. Nous nous sentons vraiment comme chez nous. Garés, nous laissons les filles à l’intérieur et partons à deux chercher du pain et des bureks dans notre boulangerie habituelle. « Dober dan ! Bonjour ! » Les bureks sont justes cuits, avec une salade de tomates, un régal vite préparé. Basile est content aussi car il y a une forêt derrière le camping-car. Il navigue librement, marchant sur un muret, se laissant caresser par les passants. À l’aise partout.

Et le moment tant attendu de la dégustation des spécialités des alpages slovènes arrive enfin. Comme je m’en doutais, Pierre aime ce caillé et cette pâte, il ne trouve pas ça périmé et ne voit absolument pas où était le problème. Recherches faites, il s’agit vraiment de recettes typiques de Slovénie. Le Zganci. C’est « le plat national du pays ». Il est préparé à partir de farine de sarrasin et d’eau, parfois enrichi avec des morceaux de lard de porc avec leur graisse. Cette “nourriture du pauvre » qui se substituait au pain, constituait le repas de base des paysans. Nous, comme plat traditionnel slovène, nous continuons à préférer les bureks. 

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