Nore, ou le rêve nomade

Nore, ou le rêve nomade

Le Pic de Nore est un de ces endroits qui vous donne envie de vous asseoir là et d’y rester jusqu’à la nuit.

Point culminant de la Montagne Noire, il offre une vue panoramique et absolument splendide de la méditerranée de Narbonne au Pic du Midi de Bigorre. Mais ceci seulement par de belles journées d’hiver, ce qui en soi est rare. C’est un des premiers endroits que Pierre m’avait fait découvrir au début de notre histoire d’amour. Je me souviens d’un couple qui s’était installé sur une chaise pliable, une bière à la main, devant leur van et qui certainement dégustaient le panorama avant de déguster leur repas et leur nuit dans ce paysage. Nore est un de ces endroits qui m’avait fait attraper un drôle de virus…

Alors, pas besoin de vous dire que d’y revenir, ce dimanche 1er avril, avec camping-car, enfants et beau temps, c’était pour moi comme vivre un rêve éveillé. Postés sur la table d’orientation, nous voilà en train de se remémorer le voyage de l’été dernier. « Tu te souviens, Cap Cerbère, c’est par là-bas, entre la mer et la grosse montagne » (Le Canigou qui se distingue majestueusement à l’est des Pyrénées). « Le Canigou, c’est là où on s’était arrêté pour se laver à une source, tu te souviens ? « …

Et ainsi de suite jusqu’au Pic du Midi.  En montant, Capucine avait repéré une forêt tordue et nous tanne pour aller l’explorer. Il s’agit de pins qui, implantés sur la crête, subissent les assauts du vent et du givre et témoignent de la rudesse du climat à cet endroit. Autant de prétextes à histoires pour des enfants enchantés par cette forêt magique qui, cerise sur le gâteau, est parsemée de deux blocs de granits à escalader. « Regarde Maman celui-là, on dirait une vieille mémé qui fait du karaté ». Si Capucine et Lison se régalent d’un rien, Solène ne s’amuse pas du tout car le sol n’est pas à la convenance de notre princesse. Les branches des myrtilliers, qui ont subi un écobuage avant l’hiver, lui piquent les pieds, les taupinières lui semblent être des bouses de vache et les restes de neige lui mouillent les pieds. Elle passera toute la balade agrippée à nos bras. Puis, la balade se termine au bord d’une marre où l’on découvre des œufs de grenouille agglutinés entre eux. Doucement, on tâte cette matière visqueuse. Certains forment des points noirs, d’autres commencent à adopter une forme de têtards. « Regarde, maman, il bouge le têtard ! ».

Après cette longue balade, comme la fin d’après-midi est encore chaude et comme on reste là pour la nuit, nous sortons les carnets, pinceaux et aquarelle pour immortaliser ce sentiment d’infinitude que ce paysage nous offre. Mes filles, égales à elles-même, se distinguent par leur approche. Capucine ne suivant que son imagination (c’est-à-dire ni les indications de Maman, ni même le paysage), Lison exécutant à la lettre la méthode de peinture que je lui dicte. Qu’importe le résultat, elles sont elles-même, l’appliquée et l’aventurière. Revenue au Camping-car, Capucine se jettera sur son « carnet de Carapate » pour y écrire la suite de nos aventures. Peut-être est elle plus littéraire que peintre ?

Comme dans mon rêve, la soirée se déroule face au coucher de soleil. Pierre a pris soin d’aligner la table du salon dans l’axe et toute la famille commente l’allure de l’astre et les couleurs du ciel. Notre plat de pâtes au Vieux Rodez est exquis. Au moment du coucher, les filles continueront à observer le ciel changer, la lune monter et les villes s’éclairer. Dans chaque hublot, de chaque côté du camping-car, il y a le paysage. Nous sommes au dessus du monde.

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