À Florence, se gaver de beauté

À Florence, se gaver de beauté

Vendredi 3 janvier 2020. J187. Comme annoncé, le bus passe bien tous les quart d’heure. Nous sommes prêt pas très tôt mais nous arrivons en ville rapidement. Objectif du jour : voir la Naissance de Vénus et autres œuvres d’art de la Galerie des Offices. Nous redoutons la queue ou le musée complet comme annoncé en ligne. Nous prenons la poussette, pour demander la priorité « jeunes enfants » qui est accordée dans beaucoup de grands musées.

À la descente du bus, nous marchons dans une Florence hyper chic. Les boutiques de luxe et de gastronomie se succèdent. Nous longeons l’Arno et passons à côté du Ponte Vecchio. Nous sommes bien à Florence.

Sur la Piazza des Galeries, comme on pouvait s’y attendre, il y a une file d’attente dingue. 60 à 90 minutes d’attente sont annoncées. La bonne nouvelle, c’est que l’on peut visiblement visiter le musée sans avoir réservé son billet. Il faut voir le bon côté des choses. La mauvaise, tout de même, c’est qu’il y a aucun passage privilégié pour les familles accompagnées de jeunes enfants. Aïe. Une heure et demie de queue dans le froid glacial. Les filles ont beau être toujours patientes et résistantes, là, c’est tout de même beaucoup leur demander pour visiter un musée d’art qui en lui même est déjà compliqué pour des enfants. C’est là que Zorro est arrivé. Le vrai, pas le lézard. « Allez manger quelque part au chaud, je fais la queue. Vous me ramènerez un sandwich » se dévoue Pierre. C’était la bonne solution.

Nous trouvons une sandwicherie quelconque à proximité, branchons le portable et l’ordinateur -Ne jamais perdre une occasion de charger l’ordinateur- même s’il faut se le trimbaler pendant toute une journée de visite. D’où la poussette à vrai dire. Et entamons nos sandwich un peu chaud. Je vais me rincer les mains. Une personne âgée en fauteuil roulant s’installe sur la table d’à côté, en face de Capucine. Et se met à vomir. Vision d’horreur. Heureusement je reviens vite et lui cache la vue. Les trois filles sont sidérées. Comment manger ? Même sans regarder, il y a ces bruits…. Heureusement, nous n’avons pas l’odeur en prime. Partir ? C’est lui qui part, ouf. Sauvées. Enfin presque, plus personne n’a l’humeur de manger nos pauvres sandwichs.

Nous partons ce lieu trop heureuses de le quitter. Rejoignons Papa qui a bien avancé, en une heure. Je pense que ça lui a fait du bien d’être seul un long moment. Seul dans la foule. Lison et Solène s’amusent à se pendre aux imposantes barrière, nous nous faisons reprendre par les agents d’accueil. Même pas le droit de faire le cochon pendu ! Ce musée n’aime définitivement pas les enfants !

Galerie des offices

Bonne nouvelle, l’entrée est à 12€ par adulte, gratuit pour les enfants. Nous payons donc 24 €, au lieu de 60€ si nous avions réservé en ligne. Belle arnaque que ces sites de vente de tickets. Billets, cloackroom, plan du musée, ascenseur. La visite peut enfin commencer. Autour de la galerie au plafond magnifique, orné de grotesques, les salles d’exposition se succèdent, dans l’ordre chronologique. Les retables de bois de la peinture médiévale, avec Cimabue et Giotto de Bombone principalement. Puis la renaissance italienne et le maniérisme. Nous tombons vite nez à nez avec « L’allégorie du printemps » de Botticelli. Beauté n°1. Arrêt, nous nous asseyons par terre, entre la foule et l’œuvre et lisons sa description (sur la photo de la page de mon encyclopédie de l’art prise le matin même. Astuce n°1). C’est plus facile de d’intéresser des enfants à une œuvre d’art lorsque l’on peut leur raconter son histoire et son message. Astuce n°2. Chacun des 8 personnages a un nom et représente l’un des 8 mois fertiles de l’année. De février à septembre. Vénus, déesse de la nature féconde, représentente le mois de mai, au centre. Voilà qu’une femme passe devant Lison pour voir le tableau. Je lui demande de se pousser au cas où elle ne nous aurait pas vu, elle se décale de 2 centimètres mais reste parfaitement entre nous et l’œuvre. Aucun respect, je suis furieuse. C’est déjà compliqué pour des enfants de se faire une place dans un musée fait pour les adultes, je me débine pas et demande fermement à cette dame de laisser mes enfants regarder le tableau. Regard de dédain « I have the right to be there » me dit-elle. Là, je fais un scandale. Elle quitte la salle vexée. Non mais !

La naissance de Vénus

Dans la salle d’à côté, c’est au tour de « La naissance de Vénus » de nous enchanter. Beauté n°2. Même stratégie, arrêt, assis par terre, lecture de l’histoire de l’œuvre. Même dame qui revient ! Mais prend soin de rester sur le côté de l’œuvre. Elle passe devant tout le monde et discute avec une amie en mettant le nez sur des détails et en étalant son érudition. À ce moment, je préfère presque les chinois et leurs selfies ridicules. Mes filles s’empressent de sortir feuilles et crayons pour croquer cette Vénus à la beauté idéale. Quand elles sont comme ça, dessinant, elles se fondent dans le lieu et l’objet de tous les objectifs. Derrière notre dos, les spectateurs prennent des photos. Nous, nous sommes dans notre bulle, nous n’y prenons pas garde. Nous devenons l’œuvre en situation, l’œuvre qui vit. Les filles progressent vraiment en matière de dessin. C’est notre école, l’école du monde. 

Solénisme

Solène est drôle. Aujourd’hui, elle a envie de s’amuser, sans faire d’effort. Un grand grabouillage bleu devient la mer, plus de trace de Vénus. Quelques roseaux pour garder un lien avec l’original. C’est son interprétation. Ce grabouillage n’est visiblement pas un grabouillage de bébé à ses yeux. Elle le repasse méticuleusement au stylo noir. Non, c’est de l’art moderne.

La Vénus d'Urbin

Beauté n°3. « La vierge au chardonnerets de Raphaël. Beautés n°4,5,6… Les portraits des enfants de la famille des Médicis par Bronzino. Beauté n° ?, j’ai perdu le décompte, la » Vénus d’Urbin » du Titien. Là, nous nous asseyons. Encore une belle séance dessin.

Les Caravages sanglants de la fin du parcours seront évités. Nous avons eu notre dose de chefs-d’œuvre. Prendre l’air. Deux pas et nous sommes sur la Piazza della Signora, face aux fesse du David de Raphaël. Beauté n°… suivant. Nous déambulons jusqu’à la Cathédrale Santa Maria del Fiore. Beauté n° l’infini. Notre guide nous avait prévenu, à Florence, les touristes peuvent développer le « syndrome de Stendhal ». Trop plein d’émotions provoquées par les beautés de cette ville. Nous la visiterons demain, il est l’heure de rentrer. 

Un détour dans la boucherie d’un quartier chic. Ici, la viande est réputée. Plutôt que d’aller la payer un bras dans l’un des nombreux restaurants qui exhibe fièrement leur frigidaire de maturation de leur viande, nous allons cuisiner nous même notre bout de steak. Entrons. Ici, la viande est… française. Ça ne m’étonne pas. Certaine d’y retrouver du broutard aveyronnais bien engraissé en Italie, dans la plaine du Pô, non loin de là. Des habitudes commerciales ont été prises entre les italiens et les aveyronnais. Chez nous, ils font naître les animaux et les nourrissent de nos pâtures grossières. Ici, les italiens les engraissent avec les céréales et protéines qui poussent en abondance dans leurs plaines fertiles. Chacun son terroir, chacun sa spécialité. Et nous pouvons confirmer, notre viande est excellente. Avec un verre de Chianti.

Un peu de promiscuité ne fait pas de mal

Erreur fatale. Nous avons laissé la pompe à eau allumée toute la journée et ce soir, nous n’avons plus d’électricité pour allumer le chauffage ! Il fait trois degrés dehors, pas beaucoup plus à l’intérieur. Je désespère. Je crains plus que tout de faire dormir mes enfants dans ce froid. Et moi qui étais déjà bien enrhumée ce matin, impossible de passer la nuit dans ces conditions. Je regarde s’il existe un plan B, une aire de camping car où l’on pourrait se brancher ce soir. Il y en a une, mais les utilisateurs disent que l’électricité n’y fonctionne pas. Je touche le fond. Pierre, lui, ne s’inquiète pas. Il dort bien quand il fait froid et considère que les enfants aussi. Et il est persuadé qu’il va réussir à rallumer le chauffage. En fait, on ne saisit pas encore toutes les sécurités de l’appareil. Je lui fais confiance. Capucine propose également que nous dormions tous dans la capucine, plus chaude car plus haute. Pierre refuse illico, pas question de se serrer tous là haut. Ou finalement, il est d’accord, mais il ira dans le lit de Lison. C’est une bonne idée. Capucine explose de joie. Mais Pierre finit par le rallumer. « Alléluia ! » fait Maman. « Ho, noooonn ! » fait Capucine qui avait trop envie de dormir avec sa Maman. 

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