Le petit îlot au milieu des géants

Le petit îlot au milieu des géants

Mercredi 29 janvier 2020. J213. Bouches de Kotor, Monténégro. Bon, même si le trafic s’est calmé entre minuit et six heures du matin, nous avons quand même bien mal dormi sur ce spot de bord de route…

Tout ça pour une belle vue que nous n’avions même pas pu apprécier hier soir. Voyons ce matin, j’ouvre les rideaux. Ça va, la vue est canon. Les Bouches de Kotor, comme nous nous les imaginions. De hautes montagnes tombant à pic dans ce lac, non ce n’est pas un lac. Dans ce fjord ? Ça y ressemble mais les pointilleux diront que non, ce n’est pas un fjord puisque ces vallées ne sont pas d’origine glacière. « Dans ce canyon » , faut-il dire apparemment. Moi, je trouve que ça ressemble tout à fait à un beau grand lac de montagne mais ici, l’eau est salée. Dans notre fenêtre, nous avons aussi une petite église au toit bleu clair. À bien y regarder, elle n’est pas du tout sur l’autre rive, elle est au centre du lac, sur un minuscule îlot à peine plus grand qu’elle. Ce sera notre destination du jour, l’église de Notre-Dame-du-rocher.

Mais il nous faut d’abord faire l’école et elle est compliquée en ce moment. Capucine s’énerve vite, comme à son habitude, et elle s’énerve aussi toute la journée pour tout un tas d’autres petites choses. Nous, nous pensons que ça cache un malaise plus profond. Nous sommes attentifs, nous finirons bien par comprendre.

Perast

Pour l’heure, direction Perast, un joli village en bord de baie. Nous le traversons à pied, ses vieux palais de l’époque de la domination vénitienne sont conservés et restaurés, que des hôtels ou maisons de vacances, mais tout de charme. Et plein de matous partout. Deux hommes font le service de bateau-taxi vers l’îlot. Nous embarquons dare-dare dans leur coquille de noix avec une autre famille chinoise. La traversée ne dure qu’une poignée de minutes. Mais c’est suffisant pour me faire flipper, leur embarcation est si petite et nous sommes si près de l’eau… Mon homme se marre bien, je suis devenue peureuse. L’îlot est construit tout en pierres blanches de Dalmatie, c’est très joli. L’église est minuscule et charmante. 

Un pique-nique rapide en compagnie des pigeons. Chacune aura l’habileté de mettre une main, un coude ou un genou dans un délicat c… de mouette bien gluant. Il n’y en n’a pas une pour faire mieux que l’autre. Nous repoussons plusieurs fois notre bateau-taxi, nous voulons prendre le temps. Et puis il y a ce petit musée à visiter, dans le presbytère. Une collection de vieux objets et tableaux tout à fait hétéroclites. Il rassemble quelques objets de la famille régnante d’alors ainsi que des tableaux rappelant les combats entre bateaux vénitiens et ottomans.

Kotor

Nous poursuivons notre tour de ce « Fjord du sud ». Prochain arrêt, la ville de Kotor, ses remparts, ses ruelles, ses églises catholiques et orthodoxes, et sa forteresse. L’endroit est réputé pour être hyper touristique, un long quai est aménagé juste devant la vieille ville pour pouvoir accueillir les paquebots géants. Aujourd’hui, point de foule, nous serons peinards. L’accès aux remparts est même libre, au lieu de 8€ par personne en saison. Nous ne boudons pas notre chance. Les remparts grimpent dans la montagne à la manière d’une muraille de Chine, c’est assez impressionnant et un peu incompréhensible. Le relief est déjà très escarpé, pourquoi s’être embêté à construire des murailles en plus ? De notre point de vue, les beaux toits de l’église orthodoxe de Saint-Tryphon. Lison est curieuse, « c’est quoi encore cette nouvelle religion ? ». Nous sommes incapables et répondre précisément. Allons la visiter, nous lirons notre livre sur les religions ce soir. 

Nous dévalons les ruelles sous le linge fraîchement pendu. Ça sent bon la lessive, moi qui amasse un trop grand nombre de sacs à linge sale sous ma banquette, ça me fait rêver… Mais point de laverie à Kotor, ça devra encore attendre. Un détour par la géocache de la ville, trouvée les doigts dans le nez, c’est qu’on devient forts en géocaching, nous y déposons notre objet voyageur et nous filons. Le soleil est tombé, roulons vers notre prochaine destination, le lac de Skadar, traversé par la frontière albanaise.

Où poser la maison pour cette nuit ?

Un tunnel géant, nous retrouvons le bord de mer et sa route panoramique bordée de publicités pour des casinos, des montres de luxe ou des bar-lounge-hyper-branché-et-vue-sur-mer. Un nouveau tunnel, nous retournons à l’intérieur du pays. Finies les publicités. De nuit, nous devinons  que l’ambiance est plus rurale. Notre spot, une petite plage fréquentée par des pêcheurs. Nous quittons la grosse route au niveau du village de Virpazar et nous nous engageons sur une étroite route de montagne. Un peu fébriles. Nous avons beaucoup roulé et nous sommes fatigués. Voilà qu’il faut maintenant avancer sur un chemin qui redescend de manière un peu abrupte. Doucement, ça passe jusqu’à ce qu’une barque nous barre le passage. Inspection des lieux. Le niveau du lac semble être monté récemment, puis redescendu. Cette barque s’est retrouvée déplacée, ainsi que des masses de végétaux morts. Non, l’endroit n’est plus utilisable. Demi-tour. Quand c’est comme ça, c’est difficile. Il nous faut trouver un plan B, affronter de nouveau les routes malfoutues, et ne pas s’énerver, ni désespérer. Plan B, un parking dans le village. Affreux, près d’une ruine pleine de déchets. Avoir un bon spot est important pour nous, car le matin, nous y passons toujours du temps, nous profitons de la vue, jouons dehors… Plan C, courage, le parking d’une église plus haut dans la montagne, la route est très étroite et très raide. Double courage. Pierre arrive à monter le gros Émile-Pat jusqu’en haut. Et le lieu est bien. Ooouuuffff. Alors, nous sommes au fond d’une impasse, à côté du cimetière, l’église est derrière, nous serons tranquille. Bien mieux qu’hier soir. Pour ce qui est de la vue, elle semble géniale mais pour l’apprécier, il nous faudrait nous garer à l’intérieur du cimetière. Heu…. non pas quand même. Tant pis pour la vue, il faudra mettre le nez dehors pour kiffer.

Je fais réchauffer un reste de riz, griller un bout de viande, le repas est heureusement vite prêt. Capucine n’aime plus le riz maintenant, ce matin c’était les tartines au beurre et hier les champignons… Ses goûts changent, il paraît que c’est normal, un signe de l’adolescence… Courage. Triple courage.

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