Sous les moulins de Don Quichotte

Réveil magique sous les moulins de Don Quichotte

Vendredi 11 octobre 2019. J102. Capucine ouvre notre rideau : « Maman, le soleil se lève c’est trop beau ! » Je lui donne l’appareil photo. Puis c’est Lison qui se réveille en trombe, s’habille et sort voir le lever de soleil. Je la suis. Arrivés ici la veille et de nuit, ce matin le spectacle est grandiose. Autour de nous, les Géants que Don Quichotte voulait combattre trônent fièrement. Leur couleur blanche absorbe doucement le rose du petit matin. Nous sommes sur une crête rocheuse et le paysage se déroule doucement sous nos yeux. Une plaine agricole carrelée de roses, ocres et verts, rayée ça et là d’oliveraies. Au loin, une ceinture de reliefs boucle notre horizon. Quelle chance d’être ici et maintenant. Petit à petit les moulins prennent leur couleur blanche, contrastant avec les douces couleurs automnales de leur environnement. Ils sont beaux, très graphiques. Nous prenons chacun mille photos. La séance aquarelle s’imposera.

Mais d’un seul coup, un bus de chinois arrive ! Vite, nous fuyons nous réfugier à l’intérieur pour un petit déjeuner en regardant le meunier installer les voiles de son moulin. Un jour il faudra écrire une anthropologie du chinois qui parcourt le monde en se regardant dans l’écran de son mobile. Cette manie qu’ils ont absolument tous est incompréhensible et nous irrite au plus haut point.

A l'école

Mais d’abord école. Et elle sera rude ce matin. Depuis septembre, on y va doucement entre l’école et Capucine. Nous avons eu du mal à trouver notre fonctionnement, notre équilibre, mais nous y sommes arrivés. Nous y sommes arrivés en évitant soigneusement les matières difficiles pour elle, en l’occurrence les multiplications. Hier, le cahier nous a amené à une page de multiplications complexes et ça avait été très dur. Aujourd’hui, j’ai préparé une jolie fiche-méthode et lui demande de refaire les calculs. Je vous passe le bras de fer, et toute la patience, la fermeté et l’énergie que ça m’a demandé. Après deux heures de lutte douce et acharnée, une douche pour se rafraîchir par cette chaleur, elle a réussi à faire seule ses 6 calculs, proprement, et dans le calme. L’épisode m’a fait mesurer à quel point elle bloque sur ce sujet et nous savons que son blocage vient de la manière dont son enseignante l’a forcée à apprendre ses tables, usant parfois de l’humiliation, ce qui l’a profondément blessée. Aujourd’hui, elle ne veut plus entendre parler de multiplications mais nous parle tout le temps des mots blessants qu’elle a reçu, devant ses camarades. Loin de moi l’idée d’accuser sa professeure, je pense qu’on fait toutes « comme on peut » et qu’on ne se rend pas forcément compte du mal que l’on peut faire. Je sais aussi les récrés qu’elle a passé avec Capucine pour lui réexpliquer les exercices incompris. Ce que je comprends, c’est que je n’ai pas pris en charge la difficulté de ma fille quand elle en avait besoin, la laissant à sa responsabilité d’enfant « Si tu n’apprends pas tes tables, ta prof va te punir. Mais si tu veux, je peux t’aider ». Ma bourrique de fille a choisi, comme toujours, la solution la plus facile immédiatement : ne pas faire d’effort, ça va le faire. Sauf que sa prof, contrairement à moi, elle ne l’a pas lâchée et l’a privé de recré maintes fois. Aujourd’hui, sans punition et sans humiliation, j’ai réussi. Je me sens avoir repris ma responsabilité de parent. Même si ça a été très dur, j’ai fait ce que j’avais à faire. Demain, on continue.

Pour l’instant, il faut qu’ on sorte prendre l’air ! Notre douillet Emil’pat nous protège drôlement bien du soleil de la Mancha, mais arrivé 13 heures, il fait trop chaud à l’intérieur ! Chapeaux et crème solaire, nous nous en allons explorer notre crête à moulins. Le soleil est chaud mais ne cogne pas, le fond de l’air est doux, le temps est vraiment idéal. Nous sommes en octobre, je n’ose imaginer le cagnard qu’il doit faire ici l’été. Vu la végétation rase et sèche, ça ne laisse aucun doute. Quelle chance nous avons d’être ici et maintenant.

Chez Rucio

Le moulin voisin se visite, il fonctionne et moud des céréales tous les jours, quand il y a du vent. Nous demandons si l’on peut acheter de la farine, la dame nous propose de nous servir dans le sac. Séance patouille et fringues toutes blanches. Le meunier sera là à 16h pour faire fonctionner son moulin, s’il y a du vent. Nous reviendrons, même s’il n’y a pas de vent. Plus loin sur la crête, nous contournons le château de la Muela avant de se séparer. Pierre descend à la ville faire quelques courses. Moi je reviens au moulin pour la démonstration. La balade le long des douze moulins est très agréable. Nous sommes dans la région de la Manche (de l’arabe Al-Ansha, terre sèche ou terre sans eau). Les moulins ont été construits ici dans la seconde moitié du XVIe siècle sur cette colline, la Calderico. A l’époque, cette région était quasiment en monoculture de céréales, et les rivières ne pouvaient fournir à l’époque l’énergie suffisante pour moudre le grain. C’est donc vers l’énergie éolienne qu’on se tournât.

À l’heure de la démonstration, toujours pas de vent… Mais le meunier nous fait tout de même la visite en s’adaptant à mon castillan limité. Puis nous nous installons en face de l’alignement des moulins pour les dessiner et les peindre. Solène me demande de lui faire le croquis, je m’exécute. Puis elle le peint à sa manière : la route en bleu, le château en vert les moulins en violet et les nuages en orange. Une surréaliste en herbe.

Quand nous rentrons à l’Émile-Pat, des parapentistes se préparent à côté de nous. Tout le monde ressort. Par chance, ce sont des français et Lison s’empresse d’aller les coller :  C’est facile de faire du parapente ? Et c’est quoi ça ? Et ça ? Je pourrais faire du parapente ? Et si je prenais un grand cerf-volant et un sac de couchage, je pourrais voler ? Je ne sais pas si elle les a embêtés, je l’ai observé d’un œil en préparant le dîner. Mais à la fin, elle s’est faite embaucher pour replier et ranger la voile.

Ce soir, pour changer, nous mangeons autre chose que des tapas, et nous nous endormons toujours sur notre crête, entre nos deux voisins géants.

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