La mosquée du Christ de la lumière

La mosquée du Christ de la lumière

Samedi 12 octobre 2019. J103. La mosquée du Christ… Nous voilà bien en Espagne, cette terre à l’empreinte arabe. La visite de cette mosquée fut un beau résumé de l’histoire particulière de Tolède et de son pays.

Au revoir Don Quichotte

Ce matin nous nous sommes réveillés toujours aussi émerveillés par le paysage autour de la colline du Calderico et de ses moulins. Le meunier ouvre son moulin, et se prépare à escalader ses pâles pour y accrocher les voiles. Nous allons le saluer pour lui dire au revoir. Nous lui offrons un magnet, il nous offre un petit sac de sa farine. En restant ici deux nuits, nous sommes devenus des visiteurs pas comme les autres, peut-être un peu comme des voisins.

Au petit déjeuner, Capucine trouve une feuille de multiplications à faire, quand elle veut, dans la journée. Alors qu’hier elle se tordait de douleur à l’idée de faire cet exercice, ce matin elle le regarde de loin en inspectant discrètement la teneur des calculs, voir si elle est capable de les faire. Évidemment, j’ai commencé facile. Capucine déjeune puis s’atèle à la tâche. 27/30, elle est contente d’elle et moi je suis soulagée de l’avoir vu se mettre au travail sans forcer. Nous entérinons que des exercices comme ça, nous en ferons tous les samedi. Je crois qu’une étape est franchie, elle a compris qu’elle pouvait surmonter ses difficultés et que pour ça, elle pouvait compter sur moi. L’animal est difficile à dompter.
Le reste de l’école se fera à Tolède, avant de visiter la ville. Vite fait, bien fait. Nous prenons le pli.

Tolède

À Tolède, nous y allons un peu le nez au vent, sans savoir vraiment ce que nous allons y voir. Nous avons lu quelque part qu’il y avait une mosquée transformée en église, et ça, ça attise notre curiosité. Nous déambulons sans savoir où aller. Au petit bonheur la chance. La ville est très animée, une multitude de ruelles et petites rues se succèdent. Là un palais, imposant Alcazar, ici de jolies maisons. Et partout des vendeurs d’épées. Pourquoi ? Parce que la ville est un  producteur d’acier depuis l’époque romaine. Son fleuve, le Tajo, donnerait aux épées un tranchant inimitable. Au moyen âge, les cours royales d’Europe ne voulaient pas d’autres épées que celles de Tolède !

Mozquita del Cristo de la Luz

Sur un plan nous trouvons notre mosquée : « Mozquita del Cristo de la Luz », la mosquée du Christ de la lumière. Rien que le nom m’amuse déjà beaucoup. À la jonction de deux ruelles, elle est là, toute petite, en briquettes roses, bien conservée, et à l’architecture hyper travaillée. Nous comprenons que ce n’est plus un lieu de culte et qu’elle se visite. Allons-y. 3€ la visite, 1€ l’audio-guide, pour une fois, nous prenons le supplément. C’est appréciable qu’en Espagne les visites ne soient pas très chères. L’audio-guide est un récit extrêmement précis, bien trop complexe pour les filles qui partent vite se réfugier dans leurs jeux. Autour de la Mosquée, il y a un petit jardin tout mignon et très agréable. Pendant que les unes jouent, nous nous délectons de la visite.

Mixité culturelle

La mosquée a été construite en 999, pendant l’occupation arabe de la région, le Califat de Cordoue. L’architecture est typique, faite de motifs géométriques, comme le veut la religion musulmane qui interdit toute représentation de Dieu et des prophètes. Pendant cette période, la ville de Tulaytulah, Tolède en arabe, appliquait une politique d’inclusion, destinée à permettre à chacun de pratiquer sa foi. Après la reconquête de Tolède par les chrétiens en 1085, sous le commandement du roi Alphonse VI, le lieu à été aménagé en chapelle chrétienne. L’architecture à été conservée et des icônes du Christ, des apôtres et de saints ont été peints à l’intérieur. Ce qui lui confère un métissage tout à fait surprenant.

Pourquoi du Christ de la lumière ?

Une légende raconte que pour être protégé lors de l’arrivée des maures, le crucifix a été caché dans un de ses murs, avec une petite lampe à huile allumée. Le crucifix fut découvert 300 ans plus tard, la petite lampe à huile brillait toujours.

Pendant la visite, les filles ont vaqué librement à leurs activités. Solène ouvrant un restaurant de glaces et de frites sur un banc. Capucine et Lison réalisant un reportage vidéo sur cette visite. Toutes fières de leur travail en totale autonomie, elles me montrent leur vidéo. « Alors, aujourd’hui nous visitons une synagogue qui a été transformée en église. Regardez là le jardin de la Synagogue. Et là, on rentre dans la synagogue, c’est beau ! » Sur la vidéo, on entend une touriste française glisser à l’oreille de Capucine que ce n’est pas une synagogue… Je suis hilare. Faut dire qu’avec tous ces mélanges, on peut finir par s’y perdre… Bon, les filles, on ne peut pas la mettre sur Facebook avec une telle erreur. Je vous donne quelques informations sur cette mosquée, et vous recommencez votre tournage. Elles s’exécutent avec professionnalisme. Dix minutes plus tard, elle accourent vers moi les larmes aux bord des yeux. « Maman, ton téléphone est mort !  » Plus de batterie. C’est dommage pour leur vidéo. C’est surtout embêtant pour rentrer au camping car… Car sans notre couteau-suisse digital, nous sommes perdus. Malgré les plans de la ville très mal fichus, nous n’arrivons pas immédiatement à nous orienter. Nous tombons sur une chucherria alléchante, le café des nones, alors nous faisons une pause Churros. Le retour attendra.

Après avoir retrouvé finalement L’Emile-Pat, nous avons quelques impératifs à faire avant de nous poser pour la nuit. D’abord quitter ce parking pas très propre. Faire une étape services et un ravitaillement avant la pause dominicale. Demain, nous allons nous enfoncer dans les territoires moins urbanisés de l’Extramadura et de la Sierra de Gredos. Il nous faut notre autonomie. Nous terminerons ces corvées tard, trop tard pour trouver un spot plus sympa que le parking de la police de Talavera de la Reina. Un samedi soir, en ville, ce n’est pas l’option la plus silencieuse. Le bruit sera là, mais raisonnable.

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