Staffa, l’île géométrique

Staffa, l'île géométrique

Dimanche 11 août 2019. J42. Ecosse.

« Maman, il était très bon le poisson hier soir ! » « Ha ! Merci Solène. Bonjour, tu as bien dormi ? » Chacun son rythme… Ce matin Lison se lève en premier avec la ferme intention de préparer le petit déjeuner seule. Du haut de mon lit, je la regarde faire. Elle est appliquée, méthodique et très mignonne avec sa crinière en bataille. Elle fait tout comme il faut. Les explications de la veille ont été bien enregistrées. Pierre a maintenant pris l’habitude de se lever en dernier. Car le temps qu’il s’habille, déjeune avec nous, salle de bain et vaisselle, nous, nous sommes toujours au petit déjeuner. Aucun intérêt de se lever plus tôt. Dehors, nos gros nuages pleurent. Pourvu qu’ils pleurent toutes leurs larmes ce matin pour qu’ils puissent s’envoler cet après-midi… Car nous prenons un petit bateau à 14h pour une expédition en mer sur l’île de Staffa ! Sans pluie, ça serait mieux !
L’autre mauvaise nouvelle du petit matin, c’est que la batterie auxiliaire est à plat. Hier soir elle montrait déjà des signes de fatigue. Cela nous empêche surtout de faire la vaisselle car la pompe à eau a besoin d’elle. Ce n’est pas très grave, il suffit normalement de rouler un peu pour la recharger. Nous allons donc partir de bonne heure pour le port d’Ulva et nous verrons là-bas ce qu’il y a à faire. La route comme partout sur cette île est minuscule. Et certainement magnifique s’il faisait beau. Au port, il n’y a… rien. Nada. Que dalle. Trois pêcheurs qui sortent leurs caisses de poissons et s’en vont les vendre. Le seul café du secteur n’est pourtant pas loin, juste sur la rive d’en face, sur l’île d’Ulva. Pour s’y rendre il faudrait attendre le bac et payer 6 £ par personne. Retour à l’Émile-Pat. On va faire notre vaisselle. Non, toujours pas d’électricité, là, ce n’est pas normal. Il faut regarder les fusibles. Alors ce sera vaisselle système D. Pour ne pas se laisser abattre, je cuisine un sauté de bœuf, avec petits pois et carottes pour rester dans l’ambiance UK. Et pour chasser la grisaille ambiante, je sors les petits Legos. Et ça, c’est vraiment réservé aux jours très pluvieux !

Nos amis nous rejoignent pour midi et comme la veille, nous nous serons au chaud pour partager un repas joyeux. Mais la pluie, elle, ne cesse pas. Il va falloir prendre nos dispositions. 3 heures en mer, sous la pluie, avec de jeunes enfants… Je sais ! C’est le moment de sortir les pantalons de ski ! J’équipe tout le monde collants, pantalon, pantalon de ski, chaussettes de ski, bottes, pulls et re-pulls, manteau et ciré par dessus. Et casquette sous la capuche (pour que la visière protège des gouttes de pluie dans les yeux. Après 3 semaines en Écosse, nous nous y connaissons en équipement de pluie !) On n’est jamais trop prudent ! En fait, la mer, je ne connais pas. Je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre. Tant pis pour le look bibendum. Melody et François n’ont enfilé qu’un pantalon anti-pluie. Sur le ponton, le capitaine nous regarde avec un sourire dissimulé. Ils sont rigolo ces touristes doit-il penser… 

Embarcation pour l'île de Staffa

Nous embarquons toujours sous la pluie avec enthousiasme et nous nous postons les genoux sur la banquette et le visage au dessus de l’eau. La capitaine nous accueille à travers un haut parleur qui crache ses paroles. Il a l’air de raconter des blagues pour nous détendre mais nous sommes incapables d’en distinguer le sens. Nous devons être 30 dans ce petit bateau, en partie couvert. Le départ est tout gentillet. Regarde ! Un phoque ! Le port se situe dans un bras de mer protégé entre deux îles. Nous accédons ensuite à un bras de mer plus large, donc un peu moins protégé, entre l’île d’Ulva et le massif du Ben More au sud, caché sous les nuages. Lison commence à avoir froid (???) et se réfugie dans les bras de son Papa. 

Solène se met à grogner à son tour. Et nous ne sommes pas encore en pleine mer… Mais Solène garde son réflexe de survie primaire qui marche à tous les coups : quand la situation devient trop compliquée à gérer pour elle, elle s’endort ! Allongée sur la banquette, à moitié sous la pluie. Capucine est la seule à s’amuser de la situation. Elle s’installe debout avec Mélody et François sur le passage entre l’avant et l’arrière du bateau qui surplombe la mer. Nous apprécions le paysage qui se déploie devant nous. L’île d’Ulva est grande et quasi sauvage. Pas de route. Deux maisons. Sa côte est complètement vierge. Je m’imagine sur la Santa Maria de Christophe Colomb en train de découvrir une nouvelle terre. Pierre me glisse à l’oreille : « Tu te souviens quand tu as enregistré ce cœur rose dans notre maps, on se demandait si on pourrait y aller tellement c’est loin de tout. Hé bien, on y va ! ». Oui je m’en souviens avec une larme d’émotion, mais je ne doutais pas que le voyage prendrait cette tournure… 

Tangage ou roulis ?

Car comme nous le savions tous, c’est après que ça se gâte, lorsque les terres s’éloignent et que nous nous retrouvons en pleine mer des Hébrides. Déjà au loin, nous voyions à l’aspect des vagues la limite de la zone calme, et la zone agitée. Hé bien nous y sommes. Les vagues viennent de tribord et font tanguer le bateau. Elles finissent par dépasser allègrement les rebords du bateau. Je regarde mon monde, personne ne vomit. Moi, ça va encore, mais il ne va pas falloir que ça dure trop longtemps. Je demande à Capucine de redescendre de son perchoir, je trouve ça tellement dangereux.  

Mais Mélody et François s’amusent drôlement de la situation. Lison reprend des couleurs, amusée par ce manège. Et Pierre, stoïque, protège son oisillon qui dort sans se douter de rien. Ça va, ça tangue mais mes enfants sont autour de moi. Si j’avais fait cette expédition sans eux, je me serais certainement amusé beaucoup plus. Ça change d’être une maman.
20 minutes encore à s’accrocher pour ne pas perdre l’équilibre et nous la voyons, Staffa, l’objet de ce périple. Nous nous approchons, tout se calme, le bateau avance maintenant au ralenti. Des cormorans postés sur les rochers nous accueillent en nous regardant de haut. Au loin, un beau trois-mâts ajoute de la magie au moment. 

La grotte de Fingal

Nous abordons notre île déserte par la grotte de Fingal et ses fameux orgues basaltiques, ces colonnes à la coupe pentagonale, immenses et parfaitement rectilignes. Ces falaises sont incroyablement… géométriques ! Je suis bouche bée. C’est d’une esthétique folle. Notre capitaine nous amène tout doucement à l’intérieur de la grotte. Une douce musique résonne sur les parois. Sommes-nous arrivés dans un roman de Jules Verne ?

L'île de Staffa

Staffa est une île d’origine volcanique formée à partir d’éruptions survenues il y a des millions d’années. Staffa signifie « île des piliers » et Fingal « grotte mélodieuse » en écossais. En 1879, Jules Verne avait visité cette île et disait : « Cette vaste caverne, avec ses ombres mystérieuses, ses chambres noires couvertes d’algues et ses merveilleux piliers en basalte, m’a vivement impressionné ». Et inspiré une paire de fois. 

À côté de la grotte, le débarcadaire. Un étroit escalier s’accroche à la falaise. Nous accédons au sommet de l’île, 42 mètres. Nous avons un peu de temps pour la parcourir, toujours sous la pluie. Les filles font franchement la tête. Mais la magie de l’endroit fait son effet. Capucine retrouve le sourire en se choisissant un petit cailloux noir sur la plage avec François. Et Lison, en plongeant ses bottes dans la boue. Solène, accrochée sur le dos de son Papa, observe la situation cachée sous ses capuches. Moi, j’aimerais rester là des heures pour observer le paysage, attendre que la pluie s’arrête, guetter les rayons de soleil, dessiner… Mais c’est déjà l’heure de repartir. En bons français, nous traînons et arrivons les derniers au bateau. Nous embarquons. La pluie s’est arrêtée. Le vent est tombé. La traversée de retour sera plus calme. Heureusement. Une réjouissante halte à proximité d’une colonie de phoques fera le bonheur de Solène, et nous sommes de retour sur la terre ferme. Quelle aventure !

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