Se prendre une saucée sur la Chaussée

Se prendre une saucée sur la Chaussée

Jeudi 15 août 2019. J45. Irlande du Nord. 

The dark hedges

Je me réveille difficilement pour aller prendre des photos de ces beaux arbres en espérant être seule. Mais je ne suis pas seule, même à 7 heures du matin, il y a quelqu’un qui fait comme moi là bas, tout au bout de l’allée… Mais quelques rayons de soleil me ravissent. J’essaie de prendre quelques jolies photos avec mon téléphone mais mon appareil photo me manque terriblement. Cela fait plusieurs jours que qu’il ne veut plus se charger. À Belfast, un revendeur Nikon n’a pas voulu nous le faire passer en garantie, pourtant il aurait dû. Pas de solution pour l’instant. Mais sans mon zoom et tous mes réglages, je me sens dépourvue… Bref, le résultat est tout de même joli.

Le programme d’aujourd’hui ne nous fera pas avaler beaucoup de kilomètres. Nous sommes venus ici pour voir la Chaussée des Géants, une autre formation basaltique comme sur l’île de Staffa. Mais pour éviter la foule, et le parking payant, notre stratégie sera de l’explorer à la tombée du jour. En attendant ce soir, nous irons prendre le pont de corde de Carrick-A-Rede. Enfin, Pierre et les grandes, il faut bien que quelqu’un reste avec Solène et je m’y dévoue sans hésiter.

Pause école-jeu-musique

Pendant le petit déjeuner, je demande aux filles ce qu’elles ont appris de leur visite du Titanic pour alimenter l’article que je suis en train de rédiger. Elles m’énumèrent tout ce qu’elle ont compris, et elles en ont des choses à dire ! Alors nous décidons de fixer tout ça sur fiches-découvertes ce matin. Une belle séance de travail. Pendant ce temps, je couds les scratchs des banquettes qui s’étaient décollés, Pierre travaille son Ukulélé et Solène joue avec ses petits animaux en refusant de s’habiller. Nous sommes bien tous les 5 dans notre petit espace, pendant que dehors le flux de touristes grossit. 

Pour arriver à habiller Solène qui n’est pas du tout coopérative ce matin, Pierre adopte la stratégie du jeu : d’abord il joue avec elle aux animaux, puis ce sont son éléphant, sa brebis, son canard, etc, qui se chargent de l’habiller. Une belle partie de rigolade ! Pendant que nous travaillions très sérieusement, nous entendons un canard enfiler une culotte ou une brebis se perdre dans une chaussette. Pour les dents, ce sera le paresseux qui s’en chargera !

Carrick-A-Rede

Nous commencerons donc les visites de la journée… à midi. Carrick-A-Rede est un « Rocher sur la route » en gaélique, un rocher sur la route migratoire des saumons atlantiques. Pour y accéder, les pêcheurs y avaient installé un pont de corde entre la falaise et le rocher. Aujourd’hui, l’endroit est géré par le National Trust et envahi de touristes en ce jour férié… Une autoroute à visiteurs avec des barrières aussi hautes que moi relie le parking au pont. Je déteste ces endroits. Nous arriverons tout de même à trouver tout au bout du chemin et point de vue en hauteur et moins fréquenté. Il faut reconnaître que le paysage est à couper le souffle ! Cette côte nord de l’Irlande est très belle et en plus il fait très beau. Aquarelle ! 

Le passage sur le pont de corde est tellement fréquenté que les billets achetés sont valables seulement sur une tranche horaire. 15h30-16h30 pour nous. Nous nous séparons, Pierre et les grandes vont jouer les ouistitis, moi je rentre avec Solène et l’envie de profiter du beau temps pour me laver les cheveux.     

Sur ce pont de cordes accroché à 30 mètres de hauteur au dessus de la mer, Lison et Capucine passent tranquillement, l’une en sautant, l’autre en prenant des photos. Du haut du rocher nous observons les oiseaux de mer tournoyer. A Elgol Capucine avait dégoté l’expression « ça pète les yeux » en découvrant le paysage. Ici spontanément, moins glamour, vient la nouvelle expression de ce voyage : « ça pue la mouette » ! Un goûter, des photos, et le pont dans l’autre sens cette fois ci en le faisant basculer de droite à gauche.

Pendant ce temps, une bonne douche pour moi, et une bonne séance de grognon pour Solène qui, comme ce matin, ne veut pas aller se doucher. Les sœurs rentrent et comme nous voulons aller à la Chaussée des Géants en fin de journée, nous leur proposons une séance « jeux d’enfants au village ». Quelle bonne idée ! Il y a des enfants, de chouettes installations et une bonne ambiance. Après avoir joué à tout, Lison vient chercher son ballon de foot et s’en suivra une partie de tir-au-but endiablée avec Papa et Capucine. 18h30, nous rejoignons le parking de la Chaussée, avalons un plat de pâtes en vitesse, accrochons Solène dans le porte bébé et partons. Encore une grande autoroute pédestre qui descend de la falaise jusqu’à la côte. Mais il y a surtout des gens qui remontent. La Chaussée est encore visitée à cette heure là d’une vingtaine de touristes et pour faire des photos seuls, les gens s’organisent spontanément : il faut faire la queue. Heureusement que nous ne nous sommes pas très nombreux !

La chausée des Géants

La Chaussée des Géants est une formation volcanique composée de plus de 40 000 orgues basaltiques hexagonaux verticaux juxtaposées. L’ensemble, érodé par l’action de la mer, évoque un pavage ancien et irrégulier qui débute de la base de la falaise et disparait dans la mer. Le site est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

La contraction thermique rapide de la lave lors de son refroidissement a créé la fracturation hexagonale en colonnes, perpendiculairement à la surface du sol. Capucine adore ce paysage et n’arrête pas d’exprimer son enthousiasme. La beauté des lieux semble la toucher profondément.

Lison, elle, me dit que c’est mieux que l’île de Staffa parce qu’ici, on peut escalader et sauter de colonne en colonne. Une marelle géante. En écrivant l’article sur Staffa, nous avions eu un débat passionné sur la forme des colonnes. Je maintenais qu’elles étaient toutes hexagonales. Pierre m’assurant qu’elles étaient pentagonales. Alors nous enquêtons tous ensemble. En fait, la nature en a fait qu’à sa tête… La plupart des orgues ont une section de forme hexagonale, mais environ 30 % sont des pentagones et certaines colonnes ont quatre, sept, huit voire neuf ou dix faces. La section des prismes à parfois une surface plane, parfois convexe ou concave.

La pluie se met alors à tomber sur la chaussée, chouette, tout le monde va s’en aller ! Alors malgré la bonne averse, nous restons. Et alors l’incroyable se produit : Après que la dernière chinoise au pull rouge ait fini de se prendre en selfie, plus personne sur la Chaussée ! Plus personne pendant au moins 5 minutes ! Nous avons largement le temps d’immortaliser cette voie pavée qui disparaît dans la mer agitée, avant de nous rentrer à notre tour. La pluie s’arrête. De nouveaux visiteurs arrivent…

La légende

Selon la légende, deux géants ennemis vivaient de chaque côté de la mer, l’un en Écosse, appelé Benandonner, et l’autre en Irlande, nommé Fionn Mac Cumhaill. Le géant écossais parlait de son rival irlandais comme d’une personne négligée et froussarde jusqu’au jour où celui-ci, piqué au vif, dit à l’Écossais de venir se battre pour lui prouver qu’il était le plus fort ! Mais comment franchir la mer ? L’Irlandais jeta des pierres dans l’eau pour construire un chemin praticable, une « chaussée » entre l’Écosse et l’Irlande. Mais quand il vit approcher son adversaire, l’Irlandais fut pris de panique car il était beaucoup plus petit ! Il courut demander conseil à sa femme, qui eut juste le temps de le déguiser en bébé avant l’arrivée du géant écossais. À ce dernier, elle présenta son « fils ». Le géant écossais, voyant la taille de ce « bébé », prit peur. Affolé à l’idée de la taille du père et par conséquent de sa puissance, il prit ses jambes à son cou et s’en retourna dans ses terres d’Écosse en prenant soin de démonter la chaussée pour que l’Irlandais ne risque pas de rejoindre son île. Nous, nous nous plaisons de croire que le Géant écossais habitait sur l’île de Staffa ! Nous aurons vu les deux !

Commentaires

  1. Maman Claudine a dit :

    Je te rassure Céline, tu fais tout de même de belles photos avec ton portable, on les apprécie, c’est vrai que : « ça pète les yeux ! » … un beau pays de légendes qui nourrit l’imagination des grands et des petits.

  2. tenflo a dit :

    Ça me rappelle des bons souvenirs 🙂

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