Coïmbra, les belges et l’Afrique

Coïmbra, les belges et l'Afrique

Lundi 28 octobre 2019. J119. Portugal, Coïmbra. 

– Message de la Carapate : « Nous quittons Aveiro, nous serons à Coïmbra à 17h, et nous avons choisi ce spot :… »
– Message de Nodimages : « Ha bah nous, on y est déjà et on a choisi le même spot ».  

Nous étions faits pour nous rencontrer… D’ailleurs, cette jolie famille ne passe pas inaperçue. Un petit camion gris, encore tatoué de la poussière des pistes d’Afrique. L’engin est super court, plus court que notre petit Émile-Pat, mais haut sur pattes, ses roues doivent faire ma hauteur et il faut une échelle pour accéder à l’intérieur. Un petit blondinet en descend : « Elle est où ma copine ? » nous lance-t-il impatient. Ben, 4 ans, parle de Solène. Ses parents lui ont expliqué que nous étions une famille de 3 enfants dont Solène du même âge que lui. Nous présentons notre puce. Et ils partent jouer ensemble, tout naturellement. Il faut préciser qu’avec Nodimage, nous ne nous connaissons absolument pas, nous nous suivons sur les réseaux sociaux, c’est tout. 

Et le contact avec passe tout de suite. Une table, deux verres de Porto, trois bières, quatre tabourets,… L’apéro quoi. C’est si simple la vie. Entre nos deux maisons à roulettes, le temps s’arrête, tourne et se retourne. 

Nous nous racontons nos visites récentes au Portugal, nous échangerons nos bons plans, nos itinéraires et la soirée se déroule ainsi, des souvenirs du Royaume-Uni à ceux de l’Afrique. Les enfants ? A vrai dire nous les oublions un peu. Juste devant notre stationnement il y a un grand skate-park rien que pour eux. Trottinettes, draisienne, ballons et nous ne les entendons pas. Si, sauf quand un à un ils finissent dans la grande flaque du fond du skate-park, nous les récupérons trempés. Tous y passent, quasiment. Un repas vite avalé, en pyjama, et ils s’enferment tous dans le camion pour regarder un épisode de Harry Potter. Nous pouvons poursuivre tranquillement notre soirée entre nous sous les étoiles.

Voyage en Afrique

Leur récit de l’Afrique est incroyable. Quel culot de partir dans ces pays avec leurs enfants. En simplifiant, ils ont traversé la méditerranée par Tanger, puis sont descendu par la côte jusqu’à Dakar, et ils ont poursuivi par les terres jusqu’au Bénin avant de remonter vers le nord. L’hygiène, l’alimentation, la place de la femme dans la société, la pauvreté, tout est très différent de l’Europe. Leur récit fait écho en moi, réveille mes propres souvenirs du Maroc et de Mauritanie. « Ben a voulu visiter l’exposition Banksy à Lisbonne pieds nu, en même temps, ça fait un an qu’il vit pieds nus… ». « Ha oui, je te confirme que ce sont des choses qui restent, de vivre pieds nus. Quand je suis rentrée des 3 ans passés avec mes parents en Mauritanie, j’avais le même âge que Ben, et le même besoin de quitter mes chaussures, partout, surtout à l’école. Et ça m’est resté. »

Mardi 29 octobre 2019. J120. La nuit a été courte. Les enfants, toujours, ça se lève tôt. Ce matin, les filles sont surmotivées pour faire l’école. Nos amis ont le même rituel que nous : petit-déjeuner, une heure d’école. Chacun fait sagement son travail de son côté. Vite fait, bien fait, ils peuvent reprendre le cours de leurs jeux. Nous préparons les sacs pour une journée de visite de Coïmbra ensemble. Le temps est couvert, mais il ne pleut pas. La météo me confirme qu’il ne pleuvra pas. Mais moi, je n’ai jamais vu un service de météo vraiment fiable. Au moment de mettre les sacs sur le dos, averse. Hésitation. « Ça va passer, normalement il ne doit pas pleuvoir aujourd’hui ! » Nous mettons les capuches, et nous y allons.

Visite de Coïmbra

Notre stationnement est très bien placé, dans un parc qui longe la rivière. En cinq minutes, nous sommes au centre ville. La pluie cesse effectivement, elle nous aura juste obligé de prendre les vestes et de nous les trimbaler le reste de la journée… La ville est perchée sur un promontoire qu’il faut gravir pour atteindre l’université, ce qu’il faut voir ici. Au hasard des escaliers, les enfants trouvent l’atelier d’une jeune dessinatrice qui est en train de coloriser l’un de ses dessins à l’aquarelle. Ils l’observent fascinés. Capucine explique alors fièrement que l’aquarelle est aussi notre Dada et invite les garçons à peindre ensemble quand nous serons rentrés aux camions. Un passage par la Cathédrale vieille, un drôle de mélange entre une architecture romane et retables baroques flamboyant à l’intérieur. Nous lisons que les retables ont été réalisés par des artistes flamands, à l’époque des fastes cités de Bruges et Gand ! Encore un lien découvert entre deux pays d’Europe que nous avons visités. L’université de Coïmbra est classée au patrimoine mondial de l’humanité car c’est la plus ancienne encore en fonctionnement. 1308. En y arrivant, nous longeons plusieurs bâtiments lourds et gris, désagréables. Ce n’est qu’au cœur de l’université, au Paços dos Estudos, que de beaux monuments se dévoilent, et une belle vue sur la ville. Nous nous installerons ici pour faire manger la troupe. Mais à part cet endroit, la ville est composée de ruelles étroites, mal entretenues et encombrées de véhicules. Nous hésitons à visiter la bibliothèque Joanina et le musée de sciences naturelles, mais nous renonçons. Nous avons en réalité envie de passer du temps ensemble, rien d’autre. Retour aux véhicules. L’idée de l’atelier aquarelle est fixé dans l’esprit des enfants.

Sur le chemin, quelques arrêts. Dans un vieux petit bar, tellement vieux et usé qu’on a eu envie de voir ça de plus près. Et à la pâtisserie, évidemment. Celle-là nous avait déjà fait de l’œil ce matin. Il y a encore tellement de spécialités bizarres et sucrées à découvrir ! Et au moment de retraverser le pont, douche écossaise. En 6 minutes de pluie, tout le monde est trempé jusqu’aux os. Aux camions, on se change, étend les habits partout, aligne les chaussures sur le tableau de bord. Et on installe l’atelier peinture sous le auvent de L’Emile-Pat. Pendant que nous peignons, Solène et Ben jouent aux légos sur la table de L’Emile-Pat. Et ils sont incroyables. À 3-4 ans, les enfants commencent à apprendre à jouer ensemble, mais ce n’est pas encore évident pour eux. Là, ils jouent côte à côte, en ajoutant chacun des briques à une histoire commune qui n’a au final ni queue ni tête. Ils resteront comme ça un temps fou, juste tous les deux, à recharger leurs batteries d’amitié.

Des moments d'amitié

Le dîner sera tout aussi mémorable. Les grands ayant maintenant créé une belle complicité ensemble, ils se bidonneront à gorge déployée. Capucine en meneuse, toujours la première quand il s’agit de faire rire les autres. Comment calmer la troupe pour la coucher à une heure raisonnable ? Leur permettre de voir la fin du film d’hier qu’ils n’avaient pas vu faute de batteries. Les écrans, ça a du bon. Nous arriverons à coucher tout le monde tranquillement et à poursuivre notre soirée entre parents épuisés. Les discussions avançant, les sujets se font plus profonds. Éducation et adolescence, religion et foi,… C’est touchant. Hier, on ne se connaissait pas. Marianne est institutrice, elle est une source de réassurance pour moi et ma pratique de l’école en voyage.

Crédits photo : Nodimages

Mercredi 30 octobre 2019. J122. Aujourd’hui, nous devons nous quitter. Nodimages poursuivent doucement leur route vers la Belgique. Et nous, nous continuons notre quête de soleil en descendant vers le sud. Mais ce matin, nous traînons un peu pour plier nos affaires et nettoyer un peu nos intérieurs. Nous laissons du temps aux enfants pour profiter des derniers moments passés ensemble. Solène et Ben reprennent leurs histoires en installant les légos sur la table entre les deux camions. Les grands disparaissent au skatepark.

Une dernière photo de groupe. Solène et Ben font la tête tous les deux. Ils ont bien compris le concept de séparation.

Au revoir les amis ! Merci et bon vent !

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