Salamanque, l’étudiante

Salamanque, l'étudiante

Lundi 14 octobre 2019. J105. La journée avait pourtant bien commencé. Nous nous réveillons au bord de notre piscine naturelle, un bassin aménagé sur le cours d’eau d’une rivière de montagne. Ici il fait frais, nous sommes aux pieds de la Sierra de Gredos, nous avons fui le cagnard d’hier. Au programme : école puis baignade.

Lison termine tranquillement la première et file jouer sur les cailloux. Capucine termine moins tranquillement, mais termine juste. Dès les cahiers refermés, elle saute se jeter à l’eau sans réfléchir et en ressort presque aussitôt en grelotant. Lison la suit. Pendant ce temps, je m’installe avec Solène sur les cailloux pour lui couper les cheveux. Je n’ai jamais fait ça, le résultat n’est pas parfait mais je suis satisfaite. Et Solène est très contente. Elle n’arrête pas de sourire. Elle ressemble un peu à Sainte Jeanne d’Arc avec cette coupe courte. Elle est magnifique.

Avila

Le bain glacé terminé, nous prenons la route pour Avila. A vrai dire nous avons hésité. L’aventure de la veille nous a fatigué et nous avons deux villes au programme d’aujourd’hui et demain. Nous souhaitons n’en faire qu’une pour alléger le programme. Et entre Salamanque et Ávila, nous choisissons Ávila et ses remparts romains. Mauvaise pioche. Il pleuvra des trombes et ça nous gâchera la visite… En quittant Candeleda et ses piscines naturelles, je fais un saut au petit marché local -enfin un vrai petit marché- Pendant que j’achète des légumes, Pierre vole un melon, un citron vert et un poivron abandonnés sur le trottoir… Pour nous rendre à Ávila, il nous faut traverser la montagne, la Sierra de Gredos. 

Nous déjeunons au col, face à une vue plongeante sur la plaine et le réservoir de Valdecañas. Devant la fenêtre du salon nous voyons aussi une portion de voie romaine raide et impressionnante. C’est l’occasion d’expliquer aux filles ce que c’est et l’importance que ça avait à l’époque de l’empire romain.

En redescendant du col jusqu’à Ávila, dix fois nous avons hésité à rester dormir là pour ce soir tellement les paysages étaient beaux. Mais sans spot référencé ou chemin inspirant, nous avons tracé la route. Ce n’est que une fois garés, sacs sur le dos et appareil photo en main que les premières gouttes ont commencé à tomber. Allez, on y va, ça va passer. Non, ça ne passera pas. Le temps de rejoindre la Cathédrale d’Ávila et il s’est mis à tomber des cordes. Pas de soucis, on visite la cathédrale le temps que la pluie s’arrête ! 6 €/personne la visite. Bon, being non, on ne visite pas la maison de Dieu s’il faut payer… Pas de soucis, on se fait un goûter « chocolate con churros » ! Nous installons dégoulinants à la première chucheria trouvée, elle sert du chocolate mais plus de churros. Bon, being non, pas de chocolate con churros. Y’a des jours comme ça… De retour tout mouillés à l’Émile-Pat, le lanterneau de la salle de bain est resté ouvert. Y’a des jours comme ça où le mauvais sort s’acharne. Rien de grave dans la salle de bain. Mais puisque c’est comme ça, hasta la vista Ávila ! Il pleut, nous roulons. J’ai repéré un spot pour la nuit à Salamanque devant des jeux d’enfants. Nous nous échappons.

À Salamanque, de soleil est de retour et éclaire d’une lumière chaude la magnifique cathédrale qui se reflète dans la rivière Tormes.
Les jeux d’enfants sont au rendez-vous. Nous nous sentons mieux ici !

Salamanque

Mardi 15 octobre 2019. J106. L’école sera encore difficile ce matin, toujours pour les mêmes raisons. Mais à chaque fois nous tenons bon, Capucine et moi. J’apprends à la comprendre et elle, elle n’apprend pas seulement les maths, elle apprend surtout à travailler, à être méthodique, à se faire confiance, à persévérer. Chaque jour est un nouvel enseignement pour moi.

Hier, nous rayions Salamanque de notre programme. Ce matin, nous avons hâte d’aller la découvrir. Les surprises du voyage. De l’autre côté de la rive, la ville s’offre à nous sous ses meilleurs atouts. Réputée pour son université, la plus ancienne d’Europe, il paraît que si l’on trouve la grenouille sculptée sur un crâne sur le fronton de son université, on réussit ses études. Mais c’est parfaitement ce qu’il nous faut ! À nous Salamanque !


Les écoles et universités

Pour accéder au centre ville, nous n’avons qu’à traverser le pont. Nous passons devant le très beau bâtiment du musée des arts décoratifs, et ses vitraux fleuris, avant de nous enfoncer dans les rues de la vielle ville. Ici la faculté de philosophie, là celle de langue, en face celle de philologie. Nous passons devant la faculté d’histoire et de géographie, l’université pontificale, le conservatoire de musique… Tout le centre ville est comme ça, des bâtiments universitaires intercalés avec des lieux de cultes et des demeures remarquables. 32 000 étudiants au total. Tout est très bien rénové, c’est très beau. La ville est ainsi classée au patrimoine de l’Humanité.

Création de l'université et influences

En 1218, le roi Alphonse IX de León fonda « l’Étude Générale » de Salamanque. L’université a marqué l’évolution de la société occidentale :
– La création de la première grammaire castillane en 1492 par Antonio de Nebrija,ainsi que la notion de droit d’auteur.
– Les préparatifs de Christophe Colomb pour son premier voyage dans la découverte de l’Amérique.
– Les années d’études d’Hernán Cortés avant de partir pour l’Amérique à la conquête de l’empire aztèque.
– La défense des droits des peuples autochtones du Nouveau Monde et notamment grâce à Francisco de Vitoria qui a reformulé la notion de droit naturel et a jeté les bases du droit international moderne, du droit de l’économie internationale.
– Les mathématiciens de l’Université ont proposé au pape Grégoire XIII un calendrier qui est devenu le calendrier grégorien, aujourd’hui utilisé dans le monde entier.
– L’écrivain Miguel de Cervantes Saavedra fut étudiant de l’université (La Cueva de Salamanca, Don Quichotte de la Manche)

Casa de Las Conchas

Salamanque possède deux cathédrales, la nouvelle et l’ancienne. Nous entrons dans la nouvelle, la gothique. 6€ la visite. Nous sortons. Décidément. Nous nous arrêtons devant la Casa de Las Conchas, la demeure d’une famille de nobles, professeurs d’université puis recteur, décorée de 364 coquillages sur toute sa façade. Nous passons rapidement sur la Plaza Mayor, très belle mais encombrée des restes d’une foire.

Pause déjeuner

Pour midi, nous voulons déjeuner au chaud. Car si le soleil est radieux aujourd’hui, il ne fait pas chaud du tout. Nous évitons les restaurants à touristes et nous nous retrouvons dans un pub étudiant, de style pub hollandais avec une décoration chargée et un mur représentant les pignons de demeures d’Amsterdam. Saut dans le temps. Ici, pas de paella, mais des pizzas simples et généreuses.

Ce n’est qu’après, que nous trouvons la fameuse façade de style plataresque de l’entrée de l’université avec son crâne coiffé d’une grenouille. Ou d’un crapaud plutôt. Tout le monde arrive à le distinguer. Nous réussirons nos études. Nous sommes sauvés. Outre l’anecdote, travail architectural est incroyable de détails sur une surface immense. L’objectif de la journée atteint, Pierre et Solène rentrent au camping car pendant que les filles et moi, nous nous échappons flâner dans quelques boutiques. J’ai une idée derrière la tête. Nous trouvons un joli stylo « plume » pour Capucine et nous passons le deal suivant : un joli stylo pour de beaux cahiers d’école, bien présentés. Évidemment, elle est d’accord et toute heureuse. Tellement enthousiaste qu’elle s’empresse de refaire seule, sans erreur et proprement, l’exercice de maths qui ce matin était diabolique…

Spot du soir

Aujourd’hui c’était notre dernière journée en Castille. Demain, nous avons prévu de visiter Miranda do Douro, au Portugal, porte d’entrée de la vallée du Douro qui nous amènera doucement jusqu’à Porto. Pierre nous repère un endroit au bord d’un réservoir. Ou plus précisément, à l’intérieur du réservoir, sous le barrage, complètement dans l’eau si l’on regarde notre point GPS sur Google maps. En réalité, le réservoir d’Almendra est, comme celui de Valdecañas, tellement vide que le niveau de l’eau est à 20 mètres en dessous de nous. Pierre nous installe au coucher du soleil face à un paysage de western où nous cherchons à voir s’il n’y a pas des indiens qui vont sortir de derrière les gros rochers ronds.

Des cowboys, nous en avons croisé sur la route en venant ici. Pour la première fois, nous nous sommes fait arrêter par la Guarda Civil. Vérification des papiers, de l’assurance, de l’identité de chaque passager,… Pierre avait mal pris l’intersection, juste sous leurs yeux. Il n’avait pas vu qu’il fallait emprunter une voie à droite pour tourner à gauche. 200€ d’amende. Le cowboy ne nous l’inflige pas, il a vu que le véhicule et les papiers étaient nickels, et nous n’étions pas référencés comme fugitifs sur leur logiciel. Soulagement. Les cowboy castillans sont sympas. Sur le moment nous n’avons pas pensé à prendre la photo pour vous les montrer.

Installés dans la notre lac, les filles s’empressent d’aller inspecter les environs et reviennent avec de beaux cailloux. Nous lisons notre « guide des cailloux et des pierres précieuses » et hésitons entre quartz et calcite. Pour en être sûrs, il faut déposer une goutte de vinaigre dessus et voir si un phénomène d’effervescence se produit. Mais là, il est temps de manger. Nous installerons le laboratoire des minéraux demain après l’école !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *