Cordoue, au cœur du califat

Cordoue, au cœur du califat

Nous vous proposons un nouvel article… de novembre 2019. Il avait été englouti, ainsi que les photos, dans notre téléphone qui avait pris l’eau lors d’une randonnée à El Torcal en Andalousie. Nous avons pu miraculeusement le ressusciter après de très longs efforts et une espérance poussée à son paroxysme. Il sort à présent de son silence.

Lundi 11 novembre 2019. J133. Séville, Espagne. L’avantage d’être garés dans ce petit port, c’est qu’il se passe plein de choses devant notre fenêtre. Les trois commères n’en perdent pas une miette. Hier c’était les voisins qui vidaient leurs boîte à « eaux noires ». Ce matin, ce sont des hommes qui démarrent la grue à bateaux, plongent de grosses sangles dans l’eau et remontent un petit bateau au cul tout vert. Le nettoyage et l’entretien va pouvoir être fait, mais d’abord, il faut déplacer L’Emile-Pat sinon on va se retrouver avec un bateau à notre table. Moment de panique pour les filles qui s’imaginent que le grutier ne nous a pas vus. Pierre déplace donc le camion, mais nous partons rapidement car nous avons deux heures de route pour arriver à notre destination : Cordoba !

Et cette journée sera mémorable. Il y a quelques jours, j’avais exclu Cordoue de notre itinéraire. Trop excentré. Mais Pierre avait exprimé l’envie d’y aller. Cordoue, capitale du califat arabe, ville de la Mezquita, une mosquée transformée en cathédrale. Il nous faut aller voir ça. Quand nous expliquons le thème de la journée aux filles, Capucine s’exclame « Ça me dit quelque chose… ». Elle plonge alors dans son gros livre  « l’histoire du monde en BD » complètement bousillé tellement elle l’a lu et fait traîner partout. Elle nous lit le chapitre sur la civilisation arabo-musulmane. J’avoue que je découvre l’essentiel de cette partie de l’histoire du monde…

L'arrivée des musulmans en Espagne

Après la mort de Mahomet, ses successeurs, chefs de peuples berbères que l’on appelle des « califes », conquirent de nouvelles terres pour diffuser la parole d’Allah. Très vite, l’Arabie est convertie. Puis l’islam sort du désert et emprunte les routes caravanières. Les Maures arrivent d’Afrique du Nord dans le sud de l’Espagne en 711. Le territoire était alors aux mains des Wisigoths. La conquête est rapide et le Califat de Cordoue est créé en 929. Au IX ème siècle, le monde musulman s’étend de l’Espagne à l’Inde et rassemble un million d’habitants. La culture arabo-musulmane éclot à Damas, s’épanouit à Bagdad, brille à Alexandrie, à Cordoue et à Grenade. Des palais somptueux agrémentés de jardins sont construits, ainsi que des mosquées surmontées de minarets et richement décorés, et parfois aussi des universités. C’est une période riche intellectuellement et spirituellement. Médecine, astronomie, philosophie, mathématiques,… sont étudiées et sont en avance par rapport à d’autres pays. Et les trois religions, juive, chrétienne et musulmane se respectent.

La mosquée-cathédrale de Cordoue

À Cordoue, nous entrons dans la ville par le pont romain qui enjambe le Guadalquivir. L’entrée dans la Mezquita est saisissante. Une lumière tamisée nous fait difficilement distinguer une forêt de colonnes dont on ne voit pas l’extrémité. Au dessus, des arches superposées élèvent le plafond en se multipliant dans toutes les directions. La perspective de leurs rayures blanches et rouges forment un ensemble très graphique. Une impression d’infini. En fond, un léger son d’orgue vient nous rappeler que nous sommes dans une cathédrale. Mélange. Une cathédrale ? D’abord elle est invisible. Pourtant, cette salle des colonnes est longée de chapelles abritant diverses œuvres dévotiques chrétiennes. Jusqu’au Mirhab, cette niche architecturale richement décorée qui indique la direction de La Mecque vers où se tournent les musulmans pendant la prière. Une déferlante de mosaïques d’or et de couleurs sous une coupole en pendentifs. C’est après que l’on comprend cette appellation de « mosquée-cathédrale ». Au centre de cette grande forêt de colonnes, une cathédrale a été aménagée, on y entre par les transepts et l’on découvre violament un espace haut, blanc et lumineux. Une élévation brutale vers les cieux. Certains y verront une verrue plantée au milieu d’un monument antique. Mais cette cathédrale baignée de lumière et richement décorée de style baroque italien possède son charme intrinsèque et attire irrésistiblement l’œil.

Son histoire vaut aussi le coup d’œil. Lorsque Cordoue était capitale de la province romaine, la Bétique, un temple de Janus y fut érigé. En 572, la ville est prise par les Wisigoths qui construisent une église sur l’emplacement du temple, l’église Saint Vincent Martyr. A celle-ci s’ajoutera une résidence épiscopale et un monastère. La première mosquée fut construite en 786, détruisant l’ensemble chrétien. Elle fut agrandie trois fois de suite, pour finir par couvrir 2,3 hectares et devenir la plus grande mosquée du monde après celle de La Mecque. Elle compte plus de 850 colonnes de réemploi (qui proviennent d’autres monuments et qui ont été réutilisées ici par souci économique), surmontées par des chapiteaux antiques de styles différents qui forment un ensemble complètement hétéroclite.

La reconquête chrétienne

Quand Cordoue fut reprise aux Musulmans en 1236, les Castillans en firent à nouveau une église. Ils abattirent quelques rangées de colonnes pour dégager la place de la Chapelle Royale. Au XVIe siècle, les chanoines décidèrent de doter leur cité d’un édifice beaucoup plus somptueux et dans le goût du jour. Ils firent démolir une partie importante du centre de la mosquée pour y édifier une cathédrale, rompant les perspectives de la forêt de colonnes et adoptant les styles gothique, renaissance et baroque. Par la suite, Charles Quint regretta la transformation de cet édifice : « Vous avez détruit ce que l’on ne voyait nulle part pour construire ce que l’on voit partout ».

Comme habitude, Capucine note et prépare sa vidéo, Lison s’intéresse et rêve, et Solène s’endors dans les bras de son Papa. « Tu ne veux pas voir la mosquée ? Non, je préfère te faire un câlin Papa ». Et quand la visite est terminée, elle sautille partout, pleine d’énergie.
Un peu de route pour trouver notre spot du soir, avec un arrêt courses et gaz. Nous arrivons de nuit sur le parking en terre d’une réserve naturelle en plein cœur de champs d’oliviers. L’endroit doit être beau, nous le découvrirons demain. Notre voyage en Andalousie continue.

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