Venise l’hiver

Venise l'hiver

Vendredi 10 janvier 2020. J194. 9h, nous arrivons enfin à sortir de l’Emile-Pat. Nous avons beau être à Venise, Lison n’est pas moins lente au démarrage que d’habitude.

Dehors, la végétation est toute givrée et un manteau de brume nous couvre. Il ne doit pas faire zéro degré. Mais ça ne nous arrête absolument pas, bien au contraire. C’est parti pour visiter Venise en hiver !

10 minutes de marche dans un parc arboré, nous sautons dans l’un des 4 bus qui passe ici toutes les dix minutes pour emmener les travailleurs de Mestre à Venise. La population de la cité lacustre a chuté de moitié en l’espace d’une génération, il n’y a que 50 000 habitants aujourd’hui à Venise, 1 habitant pour 500 touristes à la haute saison. Les jeunes et les familles sont partis vivre à Mestre où ailleurs, trop de nuisances, bruit, incivilités, et les logements disparaissent, transformés en locations de vacances.

Les ruelles

En cinq minutes, nous arrivons. Les travailleurs poursuivent leur migration à rythme soutenu. Nous, nous flânons. Un premier canal se dévoile sous nos yeux, nous sommes bien à Venise. L’étonnement des filles est là. L’eau est d’un bleu glacé. Les bateaux passent en baissant la tête sous les ponts. Direction la place Saint Marc, par les ruelles. Google a du mal à nous guider tellement les rues sont nombreuses et serrées. Il a du mal à nous repérer. Nous nous perdons, tant mieux. Difficile de repérer vraiment un touriste, il y a étonnamment peu de monde dans les rues et ceux que nous croisons portent des mallettes ou sont scotchés à leur téléphone. Ici, le café est à 1€. Incroyable. Nous ne pensions vraiment pas trouver une ville normale ici. Normale, enfin presque. Les livreurs livrent leurs marchandises en bateau, les éboueurs ramassent les sacs poubelle en tirant une espèce de brouette géante. Et évidemment, aucune voiture. Le taxi, les gendarmes, l’ambulance, les pompiers,… Tous ont leur bateau.

Hauts les masques

Ha, voilà un magasin de masques vénitiens ! Un vrai, qui fabrique ses masques ici et en papier mâché. Nous entrons. Les yeux des filles pétillent de plaisir. L’artisan semble tout content de nous voir. Dans un bon français, il se régale à expliquer aux filles comment il fabrique ses masques, étape par étape, puis leur fait essayer presque toute sa collection. Moment de joie. Lui aussi passe un masque féminin et fait rire les filles. Puis, il propose aux parents, nous prend en photo. Il est un bon vendeur, évidemment, mais il s’amuse vraiment, il aime son métier. Et puis il doit les connaître, les français, il faut pas nous forcer la main. Après avoir presque tout regardé, touché, essayé, nous partons sans rien acheter, mais avec l’envie qui germe en nous. C’est le matin, nous n’allons pas jeter notre dévolu sur la première boutique trouvée !

Rialto

Nous continuons nos égarements. Nous voilà devant le grand canal, à côté du pont du Rialto. Le grand canal, réputé pour son trafic infernal, est bien calme ce matin. Le pont, toujours bondé sur toutes les photos touristiques, est bien tranquille ce matin. Nous pouvons nous accouder à son sommet, au soleil, et observer les bateaux passer. Que c’est agréable. Il fait un froid glacial, mais la brume s’est bien levée. Venise l’hiver, c’est bien.

Avançons. Petit à petit, la concentration de touristes augmente vraiment. Nous approchons de la place Saint Marc. La concentration de boutiques de babioles augmente aussi. Franchement, nous en avons marre de voir partout en Europe les mêmes merdouilles en plastique venues d’Asie. Nous, nous préférons nous amuser des pigeons qui entrent sans gêne dans les cafés pour y picorer quelques miettes. L’un d’entre eux passe tranquillement derrière le comptoir, ça nous fait bien rire.

Le centre

La voilà, La place Saint Marc, sa Basilique, son campanile,… et ses pigeons. Il n’y a pas autant de monde que nous craignions. Vraiment, la place est dégagée, sa fréquentation est tout à fait supportable. Nous nous installons pour manger au soleil, sous les arcades du palais des Doges et face au grand canal. Les filles s’amusent grandement du regroupement incessant de pigeons à leurs pieds, s’échappant pour attraper chaque miette qui tombe. Depuis peu, il est interdit de nourrir les pigeons ici, ils ont vraiment l’air affamés. Les sandwichs avalés, nous jouons à foot-pigeons : les uns forment des buts avec leurs jambes, les autres doivent faire passer les pigeons dessous. Buuuuttt ! Interdit de shooter dedans bien sur ! Non, non, interdit ! Partie de rigolade.

Aujourd’hui, incroyable. Il n’y a pas de file d’attente pour visiter la basilique. Pas du tout. À l »intérieur, ce sont les sols qui nous impressionnent le plus. Le pavage en mosaïques n’est plus plat nulle part. Ça gondole de partout. Pire que chez nous ! (Chez nous, il y a de vieux planchers qui gondolent aussi par endroits). Dans la nef, des chaises absorbent les vagues, il y aurait été impossible d’y mettre des bancs. C’est que le sol de Venise est mouvant, et les murs de la basilique s’enfoncent, c’est flagrant. 

Lorsque le sol n’est pas en mosaïque mais en marbre, c’est toute la plaque qui est fissurée. Pourquoi ? D’abord car la ville est construite sur la boue de la lagune qui s’affaisse naturellement. Ensuite car les industries de Marghera ont pompé l’eau de la nappe phréatique qui se trouve sous la lagune, provoquant également une part de l’enfoncement de la ville. Cette pratique a été interdite il y a longtemps maintenant, mais l’affaissement se poursuit.

Le palais Mocenigo

Nous, nous poursuivons notre chemin. J’ai repéré un palais vénitien à visiter mais pour s’y rendre, il faut prendre le même chemin que ce matin. Négatif. Passons plutôt par là. Oui, c’est à l’opposé de la direction que nous devrions prendre mais par là, il y a du soleil ! Nous prenons un autre pont pour retraverser le grand canal. Nous découvrons d’autres quartiers. Des artistes, des artisans, des libraires. C’est un quartier chic et touristique, mais il nous plaît bien mieux. Le Palais Mocenigo n’est pas grand, mais il est richement décoré. Il a été habité par une riche famille jusqu’en 1900 et est conçu comme toutes les demeures des commerçants vénitiens, l’entrepôt au rez-de-chaussée avec accès à la rue d’un côté et accès au canal de l’autre, et les salles d’apparat au premier, le « piano nobile ». 

Ce qui nous a le plus plu aura été les descriptions de l’artisanat du parfum dont une partie de la famille vivait.  Les matières premières arrivaient de toute la méditerranée et de l’Asie et étaient transformées en essences puis en fragrances dans les ateliers de la famille. Une belle exposition de senteurs où les parfums fabriqués à la renaissance ont été reconstitués. Tout le chic de Venise.

17h, il est temps de rentrer car le chrono tourne toujours à l’aire de camping-car. De toute façon, le soleil s’est couché et la température est glaçante. Un dernier crochet à notre boutique de masques en papier mâché, c’est décidé, nous en prenons un ! Un Arlequin s’il vous plaît !

Bus. Marche. Émile-Pat’. Pari réussi. Nous avons visité Venise et en plus, nous avons vraiment aimé. La magie de la ville existe encore. Le froid glacial qui fait fuir les badauds nous a offert le calme, et des lumières, et des couleurs…. Venise l’hiver, c’est vraiment bien.

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