Mucha. Les belles, les boucles et la paix

Mucha. Les belles, les boucles et la paix

Samedi 15 août 2020. Prague, Tchéquie. La brume pluvieuse de la veille s’est transformée en brouillard gris. Notre Cathédrale Saint Guy, nous ne la distinguons plus très bien. À l’intérieur, passée la joie du pain chaud, c’est soupe à la grimace. Lison ouvre le bal avec un problème insoluble : son bol n’a pas la bonne forme pour écraser sa banane. Elle refuse nos propositions et se bloque. Après une longue et calme séance de résolution de conflit, Capucine prend le relais. Pour je ne sais plus quelle raison, elle s’enferme à son tour dans une spirale de colère et tout est prétexte à l’énerver. Peut-être a-t-on porté beaucoup d’attention à sa sœur, elle avait besoin de ramener vers elle les déblatérations. Nous gardons plutôt bien notre calme mais franchement, ce matin nous partons sans entrain. Nous aurions bien passé toute la journée en amoureux en les laissant toutes les trois dans leur boîte. Mais non, dans cette aventure, nous sommes cinq, beau temps, mauvais temps.

Alphonse Mucha

Le mauvais temps d’hier nous aura laissé une fraîcheur somme toute appréciable ce matin. Le programme reste le même, le musée Mucha. Un bus, un métro, nous y sommes vite. Les belles de l’artiste nous font oublier nos petits malheurs. Une feuille, un dessin, un tête à tête. Que leurs postures sont complexes. Je m’y attache, je n’ai plus envie de me préoccuper d’autre chose. Autour de moi, elles s’assoient et dessinent. La paix par le trait.

Alphons Mucha est l’auteur de ces illustrations bien connues d’affiches parisiennes et de publicités de la fin du XIXème siècle. Les pièces de théâtre de Sarah Bernardt, le champagne Moët & Chandon, les cigarettes Job, et toutes ces femmes délicieuses et malicieuses aux cheveux qui bouclent et se dédoublent, vous connaissez ? Cette figure de proue de l’art nouveau en France n’était autre que tchécoslovaque. Lorsqu’il posa sa candidature pour entrer à l’Académie des beaux-arts de Prague, sa demande fut rejetée avec la recommandation : « Choisissez une autre profession où vous serez plus utile. » Son parcours l’amènera plus tard à intégrer l’académie de Munich puis l’académie Julian à Paris. Ici, dans son petit musée ouvert il y a seulement quelques années, de belles pièces sont rassemblées, notamment les séries des fleurs, des arts et des heures du jour, les affiches du théâtre de la Renaissance, et particulièrement appréciable, son époque slave. En 1910, après plusieurs années à New-York, il revient en Tchécoslovaquie avec le désir de s’adresser par son art à son peuple et exprimer ses besoins et idéaux. Il développe alors un style différent de celui que l’on connaît, et renoue avec le folklore, les costumes populaires de la Moravie, utilise des couleurs plus vives… Il crée également des affiches condamnant fermement l’oppression des peuples Slaves. Un autre univers passionnant à découvrir. La dernière oeuvre qui occupa la fin de sa vie fut l’Epopée slave, un ensemble de vingt tableaux qui raconte l’histoire slave du 3ème au 20ème siècle à travers dix événements.

Nous aurons passé un très bon moment dans ce tout petit musée qui est de surcroît bien doté en terme d’explications dans notre langue. Il fait bon dehors, nous voulons parcourir une seconde fois le centre ville, que nous n’avions vu hier que sous la pluie. Direction le quartier juif. Au détour d’une belle rue, la petite terrasse d’une trattoria nous fait de l’œil. Oui, ce n’est pas vraiment cuisine locale mais il paraît que les spécialités tchèques sont excellentes après une froide journée d’hiver. Nous avons besoin de plus léger. Une burrata fera mon bonheur. Ici, la carte est toute petite et tout est cuisiné. Nous nous régalons.

Le quartier juif est particulièrement beau et agréable. Les maisons sont immenses et toutes en beauté. Et il est excentré du centre touristique, donc très peu fréquenté. Nous avançons le nez en l’air et le carnet de dessin dans les mains. Lison s’est mise en tête de terminer son carnet d’ici notre retour, elle a du travail. Capucine, elle, se passionne pour le dessin de machines farfelues et ingénieuses. Pourquoi ? Je ne sais pas. Elle a été inspirée le joli packaging d’une canette de bière. J’avoue, les bières, je les choisis uniquement à la beauté de la canette.

Le reste de l’après-midi sera comme nos premiers pas à Prague, une déambulation lente et amoureuse, mais dans l’autre sens. Nous nous perdons un peu dans les ruelles bondées, fuyons vite, retraversons le pont Charles, dans l’autre sens, remontons au château par le quartier de Malá Strana, notre bus, notre spot. Un dernier regard à la vue, au revoir Prague. Et Merci.

Un peu de route, pas beaucoup. J’ai repéré une grotte minuscule où l’on peut voir des dessins pariétaux. Je n’ai pas beaucoup d’informations, on verra demain. Nous trouvons un joli spot au bord d’un chemin agricole. Trois biches passent au loin. Un lièvre. Les étoiles.

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