Voroneț, le bleu et l’oeuf

Voroneț, le bleu et l'oeuf

Vendredi 5 juin 2020. Pietrele Doamnei, Roumanie. 6h. « Maman, le soleil se lève, c’est trop beau. Tu peux me prêter ton téléphone pour prendre des photos ? ». Ha le plaisir retrouvé de pouvoir déguster un lever de soleil depuis son lit ! Le temps est couvert ce matin mais le paysage est toujours aussi beau. Un pain chaud et croustillant. Ha qu’on est bien en Carapate !

Aujourd’hui, c’est point cœur. L’attendu monastère de Voroneț, l’un des plus beaux monastère de la Bucovine. Dans cette région, il y en a des dizaines. Huit sont classés au patrimoine de l’humanité pour leurs fresques polychromes à l’extérieur de l’église, protégées par de larges et magnifiques toits de bois. Et à Vama, le village avant Voroneț, se trouve un musée de l’œuf peint, une tradition roumaine. Nous tenterons de voir s’il est ouvert. Pour s’y rendre, Google nous propose deux routes, une directe, parfaitement rectiligne. Et une en forme de « V ». 13 km pour la première, et 38 minutes. 35 km pour la secondes, 35 minutes. Ok, c’est encore une piste. Les pistes roumaines sont charmantes,… Prenons la route, tranche Pierre. 9h30, l’école est faite, les enfants sont habillés, nous décollons. Exploit.

Pierre n’a pas tort. La Transrarău, la route de montagne que nous parcourons, est magnifique. A Vama, le musée est fermé. « Nous n’avons pas assez de visiteur en ce moment » nous explique-t-on. Tant pis pour eux. A Voroneț, c’est différent. C’est un lieu de recueillement que les roumains continuent de fréquenter. Parking payant, allée de vendeurs de babioles,… Ça sent sur-fréquentation touristique. Heureusement, aujourd’hui, nous sommes bien les seuls touristes et les vendeurs nous observent passer avec attente… Allons-nous leur acheter quelque chose ? Non, la pression est trop forte, nous passons vite. Les filles ont l’habitude maintenant de ne pas s’arrêter devant toutes ces étals colorés. C’est vrai qu’à force d’en avoir vu, on reconnaît souvent les mêmes articles, où qu’on soit en Europe.

Le monastère de Voronet

Nous arrivons devant la porte grosse porte en bois du monastère. Fermée. Je pousse la poignée, non, c’est ouvert. (ooouuuuf !). Une soeur nous accueille, elle ajuste son voile noir sur son nez. 5 lei l’entrée, soit 1 € par adulte. C’est chouette ces pays où rien n’est cher ! Devons-nous mettre nos masques ? Non, répond-elle. C’est vrai que la visite est extérieure et que nous sommes quasiment tout seul. L’église se trouve juste là, après le porche d’entrée, devant nous, dans sa plus belle perspective. Un jardin arboré en fait le tour, un banc aussi, un long et unique banc.

Le bleu

Ce qui est fascinant, dans ce monastère, ce sont ces fresques murales conservées depuis six siècles sans aucune intervention humaine. Sur le mur sud, la fresque représentant l’arbre de Jessé, un thème chrétien récurrent qui représente l’arbre généalogique de Jésus, est peint sur un large fond de bleu. Le fameux bleu de Voroneț. Ce bleu a été particulièrement étudié. Des spécialistes expliquent qu’il a été réalisé à partir d’azurite, une pierre réduite en poudre, mélangé à une substance organique faite probablement de chaux et de caséine extraite du fromage frais de vache. La couleur a été ensuite appliquée sur fond nord, à base de charbon de bois.

Les monastères de Bucovine

La légende dit que le monastère a été construit en trois mois et trois semaines. Ordonnés par Étienne le Grand et ses successeurs, les monastères de Bucovine ont été bâtis en mémoire des victoires contre les ottomans. A Voroneț, Étienne Le Grand était venu consulter Daniel l’ermite avant une bataille décisive. Sur le mur ouest, la fresque du jugement dernier nous amuse. Au centre, Dieu, attend les hommes pour leur jugement. À sa gauche, la foule de pêcheurs fait la queue avant d’accéder au seigneur et de connaître leur sort. Mais ici, ces hommes sont représentés coiffés de turbans et de longues robes de style parfaitement arabes. Les peintres de cette fresque n’avaient visiblement qu’une seule intention, envoyer définitivement les ottomans en enfer.

Les oeufs peints

Si nous avons réussi à éviter les boutiques à touristes, nous n’éviterons pas la boutique du monastère où quelques oeufs peints sont vendus. Les voilà les oeufs peints que nous n’avons pas pu voir ce matin ! Prenons en trois, un pour chaque fille. 

Consciencieusement, je refuse le petit sac en plastique et rends même la boîte en plastique. Nous n’aimons pas les emballages en plastique. Chaque fille tient son joli oeuf dans la main. « Faites attention, c’est peut-être des vrais oeufs, c’est peut-être fragile ». Crac, Solène a lâché son œuf, il est cassé en deux. Oui, ce sont de vrai œufs. Solène fond en larmes. T’inquiète, Maman va te le recoller ! De retour à la maison, j’attrape ma mini-colle et re-recolle tout ça. Ça marche, si on regarde dans un certain sens, on ne voit plus du tout la cassure ! Sauf que… Comment vais-je faire maintenant pour ramener ces œufs entiers jusqu’à Rodez ? Une vieille boite à oeufs en carton, un bout de tissu, un gros pot de confiture, les voilà calés au fond de ma soute à provisions. Certes, on ne les voit plus et on ne peut pas en profiter. Les filles sont déçues. Ha, cette histoire d’œufs !

Il est donc midi et nous avons fini le programme de la journée. Que fait-on maintenant ? Je consulte mes cartes et toutes mes notes. C’est compliqué les Carpates, c’est très grand, il y a peu de routes, peu de spots référencés. Après étude de la situation, je trouve un parc naturel à 1h30 de route qui offre la possibilité de voir des bisons en semi-liberté. J’appelle, c’est ouvert ! Et nous pouvons même y dormir. Après Voroneț, nous redescendons sur la plaine de Moldavie roumaine. D’un seul coup, il fait bien plus chaud ici que de l’autre côté des montagnes. Nous retrouvons cette luminosité blanchâtre, comme un peu brumeuse, que nous avons connue dans la plaine du Danube.

Devant la maison du parc, nous stationnons dans un jardin arboré, à côté de deux voitures de « Jandarmerie », dont une qui avait les pneus quand même assez lisses. Un homme nous accueille, c’est entendu que nous irons voir les bisons demain. Le site propose aussi des circuits de randonnée, c’est parfait, nous avons besoin de nous dégourdir les pattes. Il fait chaud mais la forêt est fraîche.

Ce soir, nouvelle recette au four-couronne : le gratin de pâtes !

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