Le cadeau au pied du palmier

Le cadeau au pied du palmier

Mercredi 11 décembre 2019. J164. Taureana, Calabre, Italie. « Le gouvernement italien intègre le réchauffement climatique au programme scolaire des écoliers » je lis dans la presse ce matin. Ils feraient mieux de s’occuper d’abord de gérer correctement leurs déchets au lieu de dire à leurs bambini « Voilà l’état dans lequel on vous laisse la planète, vous trouverez bien une solution… ». Ce matin, je suis colère. Une autre recherche internet : « l’Italie, leader de la gestion des déchets en Europe ». Ha bon ? Il y a quelque chose que je ne comprends pas.

Les filles s’habillent vite et vont jouer sur la plage. « Vous ne jouez pas avec les déchets, ça peut être dangereux ». Elles respectent ma consigne et récupèrent seulement les bouts de bambou et les cailloux. « Regarde Maman, ils sont tout légers ces cailloux ». J’inspecte. « Oui, ça ressemble tout à fait à des cailloux, mais c’est du plastique ma chérie. » La plage en est jonchée, tout du long. Quelle tristesse.

Tropea

Aujourd’hui nous voulons rejoindre un village de Calabre en espérant que le soleil nous y retrouve au moins un peu. Non, décidément ce sera une journée sans. Tant pis. Tropea est une jolie station balnéaire, déserte un jour de décembre en début d’après-midi. Nous prenons un long café en terrasse pendant que les filles jouent ensemble sur la place et le temps que l’ordinateur se charge en énergie. Mais aujourd’hui, Lison se plaint un petit peu des oreilles. Elle nous demande de consulter un médecin, elle sent que maintenant, c’est nécessaire. Il y a un hôpital dans cette petite ville. Allons-y.

À l’Emile-Pat, un homme nous attend en jouant avec ses filles dehors. Michel a stationné son camping car à côté du nôtre, a identifié la Carapate sur les réseaux sociaux, et se présente.

Ils sont les « 5 à bord« , famille de 3 enfants du même âge, ou presque, qui voyage depuis cet été autour de l’Europe. À quelques boucles près, nous avons suivi le même itinéraire ! Incroyable ! Une famille avec des enfants pour jouer et des parents pour papoter, c’est un cadeau sous les palmiers ! Nous lui expliquons notre impératif médical et nous nous donnons rendez-vous pour la soirée pour papoter plus longuement.

L’hôpital de Tropea n’est qu’un centre de gérontologie m’explique un médecin qui ne veut naturellement pas poser le moindre diagnostic sur les oreilles de Lison. Il nous envoie consulter plutôt un ORL ou un pédiatre dans l’hôpital de la grande ville d’à côté. Avec l’approbation de Lison, nous décidons que nous nous y rendrons demain.

5 à bord

En fait, nous sommes tous trop heureux d’avoir des amis pour ce soir ! Retour sous nos palmiers. Nous sortons les jouets, draisienne, trotti, ballon, vélos, skates… Les enfants jouent immédiatement ensemble comme si ils se connaissaient depuis toujours. Dans l’équipe il y a Charlotte, 7 ans, qui aime le skate et le foot. Rose, 4 ans, qui pédale joyeusement avec Solène. Et Marcel, 2 ans, qui essaie de suivre la troupe en trottinant partout et en trébuchant tout le temps. Qu’ils sont drôles ensemble ! Nous, nous nous ouvrons un vin de l’Etna et la soirée peut commencer ! Et puis quand tu rencontres un gars avec un t-shirt « Dikkenek », comme Michel, il ne peut être que très sympathique et sa famille avec.

Le temps des voyageurs

Jeudi 12 décembre 2019. J165. Tropea, Calabre, Italie. Nous avons tous veillé tard hier soir. Après l’apéro-roulettes, la soirée s’est déroulé à la pizzeria d’à côté, avant de reprendre nos activités extérieures : roulettes pour les plus jeunes, bavardages pour les parents, et toujours sous nos palmiers d’hiver.

Ce matin, c’est Solène qui se réveille en premier et saute directement dans ses habits. « Je veux aller prendre le petit déjeuner chez les copains ». C’était entendu la veille, l’échange d’enfants. Il n’y a plus qu’à attendre que les amis se réveillent. Charlotte nous rejoindra bientôt.

Cherchez l'erreur

Ce qui est incroyable dans cette famille qui nous ressemble déjà beaucoup, c’est qu’ils ont eu le même problème électrique dans leur camping car. Alors ce matin les hommes sont à pied d’œuvre pour suivre le fil qui relie la batterie moteur à l’auxiliaire. L’enquête commence avec un désossage en règle du camping-car ; plancher avant, tableau de bord, centrale électrique. Il leur faut inspecter ce fil pour trouver ce fameux « coupleur-séparateur » pour vérifier s’il marche vraiment. Comme Pierre, Michel n’est pas fada de mécanique mais ensemble, le défi semble les motiver. Moi, après avoir habillé les enfants et fait un brin de ménage, je partage un café avec Laurence dans son camping car. Et les enfants ? Ils jouent ensemble, encore. Ils se rechargent en amitié.

Voilà ce que sera cette matinée intense. Arrivé à 13h, nous commençons à avoir faim. Les hommes reviennent victorieux. Ils ont trouvé le coupable, il n’y a plus qu’à commander la pièce, 5€ sur Internet… Pour le prix, on en prend deux !  Cela au lieu de remplacer un electroblock électrique à 400€ chez un accessoiriste. Encore un peu de patience et nous arriverons à le réparer ce fichu problème électrique ! Le spécialiste mécano-électrique en Sardaigne n’avait pas trouvé le problème, c’est Michel notre copain restaurateur voyageur (ambulant dit-on ?) qui aura été le plus fiable.

Il est temps de manger, mais pas à dix ensemble dans le même camion, non, non. Michel nous fait des pâtes et nous enfermons tous les enfants dans l’Emile-Pat pour pouvoir manger en paix de notre côté. C’est bien aussi comme ça !

Michel et Laurence ont deux restaurants chez eux à côté de Strasbourg. Ils les ont confié à leurs équipes pendant leur tour d’Europe et peuvent ainsi voyager sans vraiment travailler. Les parents de Michel sont Siciliens, nés à Palerme. Alors pour Noël, ils s’y retrouveront. Puis poursuivront leur tour d’Europe et devraient être en Grèce en février, comme nous, avant de remonter vers le nord et les pays de l’est, comme nous. Sûr qu’on se recroisera.

Notre enquête sur les déchets continue

Michel m’explique ce qu’il se passe ici avec les déchets. Les entreprises de collectes ont été rachetées par la mafia italienne qui détient ainsi un monopole et détourne les subventions publiques et empêche ces entreprises de collecter correctement les déchets. Les habitants n’ont pas vraiment d’autres choix que de se débarrasser de leurs ordures en les entassant sur la voie publique, ou en les éparpillant dans la nature. J’avais déjà entendu cette version, mais il y a tellement longtemps que je pensais que c’était de l’histoire ancienne. Comment se fait il que qu’aucune solution n’ait été trouvée ?

Pour nous, il est maintenant l’heure de nous quitter. Et puis cet hôpital, il va vraiment falloir qu’on y aille. Vers 16h, nous nous embrassons en nous donnant RDV en Grèce.

A l'hôpital

Direction Vibo Valentia. L’hôpital est gardé par de grands portails alors nous nous garons deux rues plus loin et nous y allons à pied, Lison et moi. Pile au moment où il pleut des cordes… Au gardien, nous nous pointons dégoulinantes, ne parlant pas italien, tentant d’expliquer les problèmes d’oreille de ma petite avec le traducteur de mon téléphone. Les grands yeux bleus de Lison ont fait le reste, le gardien nous laisse passer et une dame nous prend littéralement par la main pour nous amener à ce qui semble être un médecin régulateur. Pas de guichet ici, pas de salle d’attente. C’est presque si la femme qui nous a pris sous son aile interrompt les consultations en cours pour que nous soyons pris en charge. On nous amène immédiatement à une pédiatre et le temps de la communication italiano-franco-english peut commencer. La médecin parle un anglais aussi mauvais que le mien, alors nous parlons avec les mains, ils sont forts pour ça les italiens. Et moi aussi, j’ai quelques pour-cent de sang italien dans mes veines. On se comprend toutes les deux. Ici la consultation se déroule porte ouverte, des gens vont, viennent, écoutent notre drôle de sketche. À l’auscultation, l’oreille gauche est irritée. Antibiotique. « Matin 8h et soir 20h », nous dit la pédiatre. Pourquoi à heure fixe ? Je n’ai pas compris, mais Lison a bien enregistré la consigne. Une femme sort le médicament d’un placard. « Cadeau de l’Italie » nous explique-t-elle, « Cachez-le dans votre sac pour partir ». Elle a voulu qu’on n’ait pas de mal à le trouver, ou qu’on n’ait pas à le payer. Drôles de pratique. Je m’exécute et sors de son cabinet comme une voleuse. Nous sommes tous soulagés, Lison a eu la bonne intuition, il fallait consulter, et nous avons maintenant ce qu’il faut pour bien la soigner.

Nous poursuivons notre route vers notre prochain spot, dans le parc naturel de Sila. En fait, nous n’y arriverons pas. Nous sommes tous trop fatigués et la route devient insupportable. Stop au premier park4night, le parking d’une gare désaffectée et transformée en salle de réunion associative. Ce sera très bien pour ce soir. Repas frugal et coucher rapide.

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