Lisbonne la saudade

Lisbonne la saudade

Samedi 2 novembre 2019. J125. Il pleut sur Lisbonne, quelle tristesse. Alors nous prenons le temps de faire l’école en espérant que cela cesse. La pluie cesse, puis reprend sans cesse. Quelle tristesse.

A l'eau, le musée de la marine

L’école finie, nous prenons notre courage à deux mains pour traverser le parc et tenter de visiter le monastère des Hiéronymites. Résultat, nous avons fait 100 mètres sous la pluie, nous sommes trempés et face à une file d’attente de parapluies de 200 mètres pour pouvoir espérer entrer dans le monastère… Abandon évident. Ils sont fous ces touristes. Plan B. « Les filles, ça vous dit de visiter le musée de la marine ? » Éclats de joie, c’était en réalité ce qu’elles voulaient faire. Très bien, le musée est juste là, dans une partie du monastère. Évidemment ici, il n’y a pas la moindre attente. Trois parties. Les explorations maritimes portugaises, les maquettes et les anciennes barques traditionnelles. Nous passons du temps dans la première, à découvrir l’histoire passionnante de la découverte du monde.

Au 15ème siècle, en Europe, on ne sait pas vraiment encore comment rejoindre les Indes et la Chine autrement que par la terre. Ce sont les rois portugais João 2 et Manuel 1er qui ont entrepris et financé des expéditions d’exploration pour tenter de trouver et d’établir des routes maritimes vers l’Asie. 

A l’origine c’est le prince Henri, dit « Le Navigateur » qui a impulsé les explorations maritimes en rassemblant autour de lui navigateurs et astronomes. Les expéditions portugaises vont affronter les océans et faire de fabuleuses découvertes. Ils ramènent de leurs voyages épices, or, soie, pierres et bois précieux. Avec l’Espagne, le Portugal prend la tête d’un immense empire couvrant tous les continents. Le Brésil, le Mozambique, Macao,… appartiennent alors au Portugal. Un siècle d’or pour le pays.

Après une pause déjeuner à l’Émile-Pat, patates et fromage fondu parce qu’on a besoin de se réchauffer, nous poursuivons la visite par l’immense salle des maquettes de bateaux et par le hall des vrais, grandes et belles barques traditionnelles et toutes en couleurs. La visite aura vraiment beaucoup plu aux filles, tant mieux. Nous, adultes, nous avons maintenant très envie d’aller traîner nos savates en ville, dans le quartier de l’Alfama, le quartier le plus ancien de Lisbonne, et que nous n’avons pas encore traversé.

Fado dans le quartier de l'Alfama

Encore un passage par L’Emile-Pat’, c’est pratique d’habiter en ville, et nous prenons un bus bondé de lisboètes qui sortent dîner en ville. L’Alfama est un quartier tranquille à l’heure où nous y arrivons. Nous prenons le temps de le parcourir, d’emprunter ses ruelles et ses escaliers étroits. L’air est doux. Partout des petits restaurants, des mini échoppes parfois pas plus grandes qu’un couloir coincé entre deux maisons. Partout du linge qui sèche au balcon et des décorations de rues en papier coloré. C’est ici que le Fado est né, impossible de ne pas trouver un petit restaurant qui ne nous fasse pas entendre un petit air ! Fado signifie « destin ». Il exprime une certaine mélancolie, chante le passé, le chagrin, la vie quotidienne, le mal du pays… Si les textes sont souvent teintés de tristesse, de « saudade », la musique prend des tonalités gaies et rythmées.

Nous trouvons dix restaurants qui accueillent des chanteurs ce soir, nous en choisissons un. Il se remplira doucement. Les filles sont très calmes, dessinent en silence. Solène travaille même. Sur son cahier, elle fait des boucles et des boucles et des lettres. Il n’y a pas d’heure pour l’école. À la table à côté, deux femmes en tenue de soirée dînent avec deux hommes. Ce sont nos chanteurs. Il nous offriront deux tours de chants chacun, chacun leur styles, chacun un voix vibrante, puissante ou gaie. Ce moment nous imprègne totalement, un profond moment de bonheur. Nous sommes en novembre, à Lisbonne, dans l’Alfama et nous écoutons du Fado. Ce voyage est magique.

Après sa prestation, la plus âgée des deux chanteuses s’arrête à notre table pour nous dire que nos filles sont « filhos lindos », de beaux enfants, et elle s’amuse à leur montrer une blague qui se fait avec les mains. Lison adore, elle nous refera le geste toute la soirée. Nous échangeons les quelques mots de politesse que nous connaissons en portugais avec cette femme. 87 ans, elle a une pêche d’enfer. Elle est rayonnante et entraînante quand elle chante, joyeuse et heureuse.

Ce soir, nous n’avons pas vraiment envie de rentrer. Les rues de Lisbonne sont calmes et doucement animées. Les gens encore attablés. Les airs de fado sortent des restaurants aux portes ouvertes et envahissent chaque rue. Nous descendons vers le Tage, vers la station de bus, il faut bien aller coucher les enfants. Le retour se fera avec le tram 15 qui circule seul sur un long boulevard rectiligne. Cette fois, notre tram va à fond les ballons, accélérations bruyantes, freinages brusques. Moi je ne tiens pas sur mon siège en cuir rouge usé et je glisse à chaque arrêt. C’est drôle. Solène, elle, est bercée. Complètement lovée dans les bras de son Papa, elle s’endort.

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